Vous êtes ici

La foi d’une femme cananéenne

Michel MENVIELLE
Domaine Public. les riches heures du duc de Berry

Dimanche 20 août 2017 – 20e dimanche du temps ordinaire Mt 15, 21-28

La foi d’une femme cananéenne

Jésus sort du pays de Génésareth. Il se retire dans la région de Tyr et de Sidon. Une Cananéenne sort de son pays. Elle s’adresse à lui. Elle l’appelle maître (le mot grec kurios, habituellement traduit par « Seigneur », vient d’un adjectif qui a pour sens premier « qui a autorité ou pleins pouvoirs »), fils de David, et lui demande à grands cris d’avoir pitié d’elle. Sa fille est possédée par un démon. Jésus ne lui répond pas.

Les disciples demandent à Jésus de la renvoyer, car elle crie derrière eux. Jésus leur répond qu’il n’a été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Le mot à mot du texte grec, « je ne fus pas envoyé, sinon vers les brebis perdues de la maison d’Israël », suggère que Jésus constate que sa mission – telle qu’il la comprend – ne lui permet pas de répondre à la demande d’une Cananéenne. Mais il ne renvoie pas la femme. Il lui ouvre ainsi la possibilité de sortir de la confusion qu’elle manifeste : elle crie, elle appelle Jésus « fils de David », nom qui s’inscrit dans la tradition d’Israël, qui n’est pas celle d’une Cananéenne. Et la possibilité de préciser sa demande d’avoir pitié d’elle.

La femme s’adresse de nouveau à Jésus. Elle le salue en se prosternant ; elle l’appelle de nouveau maître, mais plus fils de David ; elle lui demande de venir à son secours. Elle manifeste ainsi l’évolution de sa relation avec Jésus : elle s’adresse à un maître qu’elle reconnait et dont elle espère beaucoup.

Jésus répond par une parabole. Des petits enfants, des petits chiens, du pain. Le pain est destiné à nourrir les petits enfants : en utiliser pour nourrir les petits chiens, c’est ipso facto en retirer aux petits enfants. Cela n’est pas beau (le mot grec kalos, habituellement traduit ici par « bien » a pour sens « beau » ; il exprime ici la beauté morale). Métaphore de ce qu’il a dit à ses disciples. En réponse, la femme propose une autre métaphore. Les petites miettes qui tombent de la table où les petits enfants partagent leur repas nourrissent les petits chiens. Peu importe la quantité de pain reçue par les petits enfants ou les petits chiens, dès l’instant où ils en mangent (référence aux repas codifiés du judaïsme que Jésus connait, où même les miettes devaient être ramassées une fois le repas terminé ; au cours de ces repas les convives, assis selon leur rang, parlaient et commentaient la Thora).

La métaphore proposée par la Cananéenne exprime ainsi que l’important est de se nourrir de ce que Jésus propose. Et de le faire ensemble, réunis comme on l’est pour un repas partagé autour d’une table. Cette métaphore fait pour moi directement écho au fait que lire et étudier à plusieurs la Bible est chemin pour discerner la présence du divin au plus intime de l’humain. L’important n’est pas le statut social – maître, serviteur ou esclave, par exemple, ni la quantité reçue –une miche ou une petite miette, mais l’aventure spirituelle de femmes et d’hommes égaux dans leur humanité.

O femme, grande ta foi ! Qu’il soit devenu pour toi comme tu désires. Jésus reconnait la foi de la femme. Il lui rend hommage. Il intercède pour que son désir soit exaucé : la fille est guérie dès ce moment-là. Signe que la prophétie d’Isaïe concerne la femme. Étrangère à la maison d’Israël, elle se joint à YHWH, elle aime le nom d‘Adonaï qui l’accueille.

Michel Menvielle

Ajouter un commentaire