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Étienne Séguier, Pratiquer la miséricorde. Empathie et solidarité

Geneviève Le Hir

Étienne Séguier, Pratiquer la miséricorde. Empathie et solidarité

Éd. Empreinte temps présent – 2015– 120 pages – 8€.

Un petit livre tout simple, paru à la veille de l’année de la miséricorde décrétée par le pape François et qui vient de se clore en novembre dernier. Cela ne rend pas la miséricorde caduque pour autant ! Même si le mot a pu sembler désuet.

Mais quoi de plus actuel, au contraire, que cette « capacité de ressentir dans nos entrailles la misère des autres » (p. 9) ? Et c’est de là que veut partir l’auteur, qui nous invite à être à l’écoute de nos sensations, de notre ressenti.

La démarche est intéressante. Elle s’ancre dans notre humanité. Souvent, on commence par montrer comment Dieu fait preuve de bienveillance, de miséricorde à notre égard, pour nous inviter à nous comporter de même vis-à-vis de ceux que nous appelons nos frères. L’auteur, qui est formé aux techniques de développement personnel, et qui se définit comme « coach de vie », choisit la démarche inverse, « ascendante », celle qui part de nos sens.

Il faut laisser nos sentiments s’exprimer, nous dit-il : la peur, la tristesse et la colère sont fécondes. Par elles, nous apprenons à être touchés, et à toucher. Le toucher : un sens bien à part. Car il est le seul qui implique la réciprocité : on peut voir ou entendre sans être vu ou entendu ; on ne peut toucher sans être touché. « Ne sommes-nous pas la religion de l’Incarnation, cherchant à suivre Jésus-Christ, c’est-à-dire Dieu fait homme ? » (p. 60)

« Le lavement des pieds, auquel le pape François accorde une attention toute particulière, offre une force symbolique incroyable. […] Il met l’accent sur le symbolique comme pour rappeler que nous pouvons communier de tout notre être. […] La communauté de l’Arche qui accueille des personnes présentant un handicap mental le propose régulièrement au cours de ses rencontres. […] À travers ce geste, nous mesurons mieux la proximité de Dieu avec nous. Sa miséricorde nous semble plus concrète et plus tangible, nous pouvons y croire. » (p. 61-62)

Le 21 décembre dernier, le temps d’une matinale, France Inter donnait la parole aux Enfants du canal, une association qui, par ses différentes actions, lutte contre l'exclusion des personnes, qu'elles soient à la rue, mal logées ou en bidonvilles. Les témoignages se succédaient, et j’ai noté comment, le plus souvent, c’était la compassion, cette émotion ressentie au plus profond de soi-même, dans ses entrailles, qui avaient conduit les uns et les autres à s’engager là. Dans un mouvement qui leur a fait donner, mais aussi accueillir, disaient-ils, tous. Étienne Séguier de même insiste sur cette réciprocité qui doit s’établir dans toute relation vraie de miséricorde. Dans laquelle ne seront pas exclus les agacements, les frottements, les tiraillements inhérents à tout échange vrai entre deux personnes.

Mais ne manque-t-il pas encore l’essentiel, finit par nous interroger l’auteur ? Car « si nous sommes capables de faire preuve de miséricorde, c’est parce que nous avons reçu celle de Dieu » (p. 91). Si nous pouvons douter de l’existence de Dieu, nous pouvons tous faire l’expérience de la miséricorde. « Que l’on soit croyant ou non, chacun de nous sent que quelque chose le dépasse à travers ce don. » (p. 95) Ne survalorisons pas cependant le ressenti ! C’est un signal. « Dans une approche plus spirituelle, il faut préciser que la relation à Dieu ne se traduit pas seulement par une “bonneˮ sensation, que l’on risque de mettre toute une vie à attendre. » (p. 96) Dieu sera toujours cet inconnu qui nous déroute. « En acceptant de nous délester de notre savoir sur Dieu, nous pouvons déposer aussi ce que nous pensons connaître des autres. Le Samaritain ignore l’histoire de l’homme dont il prend soin. Il repart sans pouvoir dire ce que son geste a produit en lui. Ayant lâché nos connaissances sur Dieu et sur les autres, nous pouvons aussi quitter ce que nous croyons savoir de nous-mêmes, en nous accueillant aussi comme un inconnu. La miséricorde prend alors une autre dimension. Le don devient plus gratuit, sans inquiétude sur le contenu du retour que nous recevons, simplement dans la confiance. » (p. 100-101)

Geneviève Le Hir

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