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Un essai qui reste à transformer : la Journée Mondiale des Pauvres

Patrice SAUVAGE
© CC0 Creative Commons

D’après les informations dont je dispose, la Journée Mondiale des Pauvres, instituée par le pape François à l’issue de l’année de la Miséricorde et qui doit se célébrer le 3e dimanche de novembre, ne semble pas avoir beaucoup mobilisé l’Église de notre pays. Dans la plupart des paroisses, on s’est contenté comme d’habitude de faire la quête pour le Secours Catholique alors que, dans l’esprit du Saint-Père, il s’agissait vraiment de sortir des sentiers battus dans nos relations avec les personnes en précarité – comme cela avait été expérimenté en France à travers la démarche Diaconia 2013 et comme il l’avait vécu lui-même en recevant des délégations de personnes pauvres issues des réseaux St Laurent et Lazare au second semestre 2016.

Malheureusement, son message « N’aimons pas en paroles, mais par des actes », publié le 13 juin 2017 pour préparer le dimanche du 19 novembre, est passé inaperçu ou du moins a été oublié à la rentrée. Ce texte passionnant et facile à lire est pourtant susceptible de donner du sens à la vie de beaucoup de chrétiens déçus de la routine paroissiale. En voici une brève synthèse.

Aimons donc « par des actes et en vérité » (1 Jn 3,18), commence François au premier paragraphe, ainsi que Jésus l’a vécu, « en se donnant tout entier » (1 Jn 3,16). Or, c’est dans le service des pauvres que, dès sa naissance, l’Église a voulu répondre à cet amour du Christ et marcher à sa suite, comme l’y invite le Nouveau Testament (cf. les Béatitudes, Matthieu 25, les Actes des Apôtres, les lettres de St Jacques…). « Un pauvre crie ; le Seigneur entend » (Ps 33,7) : « depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri » (§ 2 du message).

Même si au cours des siècles les chrétiens n’ont pas toujours été fidèles à cet appel, l’Esprit Saint a heureusement fait surgir des témoins qui se sont donnés aux pauvres, et parmi eux François d’Assise dont le pape souligne le geste prophétique : « Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. » D’où cette exhortation qui est centrale dans son message :

« Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. » (§ 3)

C’est donc une relation fraternelle, de personne à personne, qui est à vivre avec les personnes en précarité, car « si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie » (§ 3).

À partir de cette relation qui nous mobilise entièrement corps-âme-esprit, nous pouvons alors mieux comprendre et vivre ce qu’est la pauvreté authentique : « une vocation à suivre Jésus pauvre » dans l’humilité, « une attitude du cœur » qui va rejeter la tentation de la toute-puissance et apprendre à « vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections » (§ 4). Nous sommes ainsi conduits à une transformation personnelle, mais aussi collective, car François nous exhorte également à nous engager avec les pauvres – quel que soit le type de pauvreté qui nous interpelle – pour « une nouvelle vision de la vie et de la société » contre l’injustice sociale et la « richesse insolente » de certains. Il réaffirme donc, de manière particulièrement percutante, l’option fondamentale pour les pauvres qui est au cœur de la vie chrétienne (§ 5).

Dans les quatre derniers paragraphes de son message, le pape nous fait alors des propositions pour que les communautés chrétiennes vivent la Journée Mondiale des Pauvres dans la perspective qu’il nous a partagée précédemment : il s’agit bien pour elles de devenir « signe concret de la charité du Christ pour les derniers » en entrant pleinement dans cette « culture de la rencontre » avec les pauvres (§ 6). Elles sont alors invitées à « créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié avec eux », à les « accueillir comme des hôtes privilégiées à notre table » – y compris bien sûr celle de l’Eucharistie (§ 7). La prière partagée fait aussi évidemment partie des initiatives à prendre au cours de cette journée, en particulier à travers le Notre Père qui est par excellence la « prière des pauvres », dont elle « exprime et recueille le cri » (§ 8).  

Finalement, François inscrit cette Journée dans l’esprit de la nouvelle évangélisation telle qu’il l’entend : pour lui, c’est le partage avec les personnes en précarité qui va nous faire « comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde » (§ 9). En effet, conclut-il, « les pauvres ne sont pas un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile ».

Bien sûr, cette Journée Mondiale des Pauvres ne peut être un événement isolé à vivre une fois par an ; elle doit s’inscrire dans une dynamique de partage régulier avec les personnes en précarité, sinon ce sera un gadget, une petite cerise sur le gâteau de nos indifférences. Néanmoins, dans l’esprit du pape, l’organisation d’une telle journée peut enclencher une prise de conscience et une volonté d’avancer en ce sens parmi les chrétiens.

Où en sommes-nous, membres de la Conférence des Baptisés, dans ce registre de la diaconie de l’Église, avons-nous pris des initiatives à l’occasion de cette première Journée Mondiale des Pauvres ? Faites-nous remonter ces démarches pour que, l’année prochaine, au sein du réseau cet « essai » de notre ami François puisse être transformé !
 

Patrice Sauvage

Pour mettre en œuvre de tels projets qui ne s’improvisent pas, on peut s’inspirer des méthodologies inventées par le Réseau Saint Laurent, qui vient d’organiser à Lourdes pendant la Toussaint l’Université de la Solidarité et de la Diaconie (site : reseau-saint-laurent.org), ou consulter le site Servons la Fraternité (servonslafraternite.net).

Rubrique du site: 
Les actualitésFraternité – diaconie, service des frères
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