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Espérer et entreprendre

Pierre-Yves DIVISIA
Lavement des pieds - Giotto di Bondone
© CC0 Domaine public

Les problèmes sévères auxquels l’Église catholique se trouve confrontée inquiètent sérieusement les fidèles qui souhaiteraient en déterminer précisément les causes, voire désigner des responsables. Michel Serre relativise la situation : « La finance, la politique, l’école, l’Église… Citez-moi un domaine qui ne soit pas en crise ! Il n’y en a pas. Il faudrait de profondes réformes dans toutes les institutions, mais le problème, c’est que ceux qui les diligentent traînent encore dans la transition, formés par des modèles depuis longtemps évanouis. » (Petite Poucette)
De multiples causes peuvent, en outre, expliquer la crise de l’Église catholique. L'une des plus manifestes paraît être, depuis des siècles, une gouvernance quasi exclusivement verticale de haut en bas et le dépérissement des relations horizontales. Cette situation a, dans une large mesure, privé l’Église de l'apport de la communauté des « laïcs », infiniment plus nombreux pourtant à recueillir le souffle de l'Esprit que ne le sont les « clercs », généralement moins à l'aise dans le monde que ne le sont les premiers qui y sont quotidiennement plongés. Il arrive enfin que de « simples » baptisés soient mieux formés ou réceptifs à la théologie que ne le sont certains ministres ordonnés, sans que, pour autant, lesdits baptisés soient parvenus à prendre véritablement la parole, à être écoutés et à assumer des responsabilités plus étendues. Par ailleurs, « le devoir d'adhérer aux vérités proposées de façon définitive par le Magistère » (motu proprio Ad tuendam fidem de Jean-Paul II) ne retiendrait-il pas de poser des questions simples, comme, par exemple :
- Qu'est-ce que le christianisme ? Autrement dit, quel chemin Jésus propose-t-il ?
- L'« Occident chrétien » a-t-il jamais été chrétien ?
- L'état de crise ne serait-il pas inhérent à l'existence-même de l’Église ?
Après un bref examen de ces thèmes se posera la question délicate des articles de foi proposés par l’Église : sont-ils tous conformes aux évangiles ?
Enfin, en dernier ressort, nous nous efforcerons de dessiner l'esquisse de quelques pistes d'action.

Quelle doctrine Jésus mettait-il en pratique ?

La religion  de Jésus, c'est, avant tout, l'action charitable simple et directe appuyée par un langage imagé également simple et direct. Cela touche jusqu'à la prière : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s'imaginent que c'est à force de paroles qu'ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. » (Mt 6, 7-8) Le culte à rendre à Dieu s'exprime donc essentiellement par l'Amour concrètement porté à autrui. Ainsi le christianisme apparaît-il avant tout comme un style de vie dont l'aspect cultuel peut être considéré comme relativement secondaire. « Voyez comme ils s'aiment » disait-on des premiers chrétiens. Plus souhaitable encore, « Voyez comme ils aiment » apporterait l'assurance que les communautés ne s'enferment pas dans de confortables cocons...

L’« Occident chrétien » a-t-il jamais été chrétien ?

Réaliser que nous sommes encore très largement païens est indispensable si nous voulons conserver une chance de parvenir à « renaître » comme Jésus le propose à Nicodème (Jn 3, 4-8).
En France-même, « Fille aînée de l’Église », sans remonter bien loin, et sans prétendre à l’exhaustivité, les églises étaient combles quand, avec les bénéfices du trafic d'esclaves, à côté de somptueux hôtels particuliers, ont été construits les riches édifices religieux de Nantes ou de Bordeaux. Les églises étaient tout aussi pleines lorsqu'au XVIIIe siècle s'est répandu comme l'éclair un régime de terreur révolutionnaire d'une violence inouïe, ou encore lorsque, par trois fois en moins d'un siècle, en 1870, 1914 et 1940, l'« Europe chrétienne » a cherché à se suicider tandis que les aumôniers des diverses armées ennemies bénissaient les canons. Cent cinquante années durant, une majorité de chrétiens a administré le Maghreb. Qu'en reste-t-il désormais ? Et pour parler de l'aujourd'hui, l'impact des chrétiens en France-même est-il vraiment déterminant ?
La situation a-t-elle réellement empiré de façon significative ces dernières décennies ? L'engagement fréquent dans les mouvements sociaux et caritatifs de personnes en délicatesse avec l’Église ne suivrait-il pas, en fait, avec une respectable fidélité, l'exemple de Jésus qui n'a jamais directement recommandé la fréquentation du Temple mais l'agir au quotidien ? Dans ces conditions, la crise actuelle de l’Église devrait ouvrir les yeux et permettre de (re)découvrir qu’il est du devoir de chacun et à notre portée d'en faire une chance dont nous devrions, ensemble, tirer un réel profit. Saurons-nous saisir les opportunités offertes ?

L'état de crise ne serait-il pas inhérent à l'existence-même de l’Église ?

Déjà la Torah rapporte de nombreuses crises au sein du judaïsme antique. Le Nouveau Testament en fait autant au sujet des premières communautés. On peut ainsi, de proche en proche, remonter jusqu'à nos jours. L'Église souffre également parce qu'elle est vieille – disgrâce commune à tout organisme vivant. Parviendrons-nous, à temps pour éviter qu'elle ne meure, à lui redonner les attraits de la jeunesse tout en préservant l'expérience acquise au cours des siècles ainsi que les plus précieux trésors de la tradition véritable ?

Quoi qu'il en soit, pour être plus conforme à l’Église du Christ, l’Église catholique doit nécessairement se transformer. Mais cela suppose que, tout autant, chaque baptisé consente à l'effort de se transformer, surmonte la peur de la nouveauté et domine le vertige du passage à l'acte.

=> Deuxième partie

Pierre-Yves Divisia

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