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La distinction clercs/laïcs (1e partie)

Jean HOUSSET


Notes d’après le livre de Joseph Moingt, sj, Esprit, Église et Monde, Gallimard, 2016.

« Ce n’est pas … la division entre conciliaristes et traditionnalistes qui doit seule et surtout retenir notre attention, c’est la partition entre clercs et laïcs, qui est structurelle, et qui constituerait une intolérable division de l’Église, étrangère à l’Évangile, si elle était acceptée telle quelle, sans être contrebalancée par un esprit, un espace, une structure de coopération entre les uns et les autres. »
Voilà l’une des idées essentielles quez développe le Père Joseph Moingt dans son dernier livre Esprit, Église et monde. Les lignes ci-dessous sont des résumés et des citations de ce livre concernant cette grave question. Les notes en renvoi vous indiquent les pages correspondantes du livre, ce qui vous permettra de retrouver ces textes et d’approfondir le sujet, si vous le désirez.
Bonne lecture !

La distinction clercs/laïcs : un survol historique
Dans son livre Esprit Église et Monde, Joseph Moingt évoque abondamment cette distinction clercs/laïcs créée par la constitution hiérarchique de l’Église romaine.
L’Église, corps du Christ, se considère aussi comme une société. Sa constitution hiérarchique la divise en deux sortes de membres ou en deux corps sociaux :
- d’une part ceux qui sont « consacrés » à son service, les prêtres et spécialement le corps épiscopal ;
- de l’autre les simples fidèles ou laïcs. (voir p.18-19)
Cette situation est-elle acceptable ? Non
« Ce n’est pas, en effet, si regrettable qu’elle soit – mais elle n’est qu’un accident de l’histoire – la division entre conciliaristes et traditionnalistes qui doit seule et surtout retenir notre attention, c’est la partition entre clercs et laïcs, qui est structurelle, et qui constituerait une intolérable division de l’Église, étrangère à l’Évangile, si elle était acceptée telle quelle. » (p. 220)
Pour éclairer cette question, Joseph Moingt procède à de brefs rappels historiques.

Ce qui a été possible pendant les deux premiers siècles de l’Église : ni évêques, ni prêtres
Ni Jésus, ni les apôtres n’ont jamais envisagé une telle distinction hiérarchisée entre disciples.
« Nous chercherions en vain dans l’Évangile des textes annonciateurs d’une religion d’autorité. Jésus n’a jamais réclamé de ses disciples de type d’obéissance qu’on doit à un maître ou à un chef, il leur demandait seulement de l’aimer plus que leurs propres parents. » (p. 456)
« Le Nouveau Testament ne connaît qu’un seul sacerdoce (en dehors de celui des prêtres juifs), auparavant inconnu : celui qui découle de la parole de Dieu reçue dans la foi et qui remplit tous ceux qui l’accueillent de la présence de Dieu (1 P 2.5 et Rm 12.1). » (p. 498)
L’aptitude – reconnue par Paul – des fidèles à juger entre eux des questions « portant sur la vie évangélique et sur la position de l’Église à l’égard du monde » ne leur a pas été retirée, pas même par l’institution des tribunaux ecclésiastiques très postérieure -p. 474)
« L’imposition des mains […] signifiait à l’origine une délégation d’autorité et non un pouvoir sacré. » (p. 462)
Si, vers l’an 150, comme en témoigne Justin, l’attention se porte sur la présidence eucharistique et sur la liturgie rituelle de l’offrande, « l’Église n’a pas encore pris la figure sous laquelle elle se présente au monde d’aujourd’hui : il lui manque en effet la présence du prêtre qu’elle accueillera au stade suivant de son évolution » (p. 159).

C’est seulement dans les dernières années du 2e siècle qu’un gouvernement épiscopal est mis en place, non pour obéir à une tradition, mais pour sauvegarder ce qui avait été reçu. (p. 187)

Un changement radical dans la constitution de l’Église au 3e siècle.
Un texte d’Hippolyte de Rome montre que, vers 250,
« L’Église se trouve divisée en deux parties bien distinctes et d’inégale dignité : clercs consacrés et laïcs, ceux-ci ne pouvant plus avoir de relation avec Dieu qu’en passant par ceux-là. L’innovation la plus importante n’est pas l’ordination de l’évêque, c’est le changement radical qu’elle introduit dans la constitution de l’Église. Les docteurs sont écartés de la liturgie.
C’est la première fois que cette distinction d’une grande importance, inconnue du Nouveau Testament, apparaît dans le christianisme et elle relève d’une considération spécifiquement religieuse, et non évangélique, qui est le service de l’autel. Or cette motivation vient expressément de l’Ancien Testament.
En définitive, le désordre qui a régné dans les églises les a obligées à recourir au moyen signalé par l’Ancien Testament. »
(p. 189-190)
La vie chrétienne se centre alors sur la notion de « pouvoir ». Une nouvelle compréhension de l’eucharistie, entraînée dans le sillage sacrificiel du sacerdoce, va, elle aussi, contribuer à renforcer la sujétion des laïcs à l’égard des clercs (p. 193) :
- « l’offrande eucharistique est faite exclusivement par des clercs consacrés que Dieu a jugé dignes de se tenir devant lui » ;
- le ressourcement du sacerdoce chrétien au sacerdoce juif « est une innovation absolue » (p. 193).
« La ʺconstitution hiérarchique de l’Égliseʺ, […] elle aussi censée instituée par le Christ, bien qu’elle n’ait été mise en place que quand l’Église est devenue religion d’empire et que l’évêque de Rome a recueilli le titre de Pontifex Maximus abandonné par l’empereur romain, a été cause au cours des temps, et l’est toujours, de graves divisions dues aux rivalités de pouvoir. » (p. 492)

Un changement qui n’a pratiquement pas été remis en cause depuis
L’histoire des temps qui ont suivi montre que « la volonté d’établir l’unité de foi partout où elle semblait menacée n’a guère eu d’autres résultats que de diviser la chrétienté » et qu’il reste à déplorer que « l’union fraternelle des chrétiens et des Églises ait été si peu partie prenante de ces débats […] comme si le plus important était l’obéissance à une seule autorité souveraine » (p. 215)
Le concile de Trente a confirmé et officialise les transformations amorcées au 3e siècle.
Si le concile de Vatican II a réhabilité le sacerdoce commun des fidèles, voyant le rôle médiateur que le laïcat est appelé à jouer, il a « omis de méditer ce qu’avait été la vie de l’Église avant que l’Ancien Testament, qui avait lié l’unité à la loi, ait submergé le Nouveau qui l’avait placé dans l’amour mutuel » (p. 216).
Ces rappels historiques montrent comment la constitution hiérarchique a « infantilisé le peuple chrétien » (p. 474). La question des pouvoirs dans l’Église se pose sur le plan de l’histoire, comme on le voit, mais aussi sur le « choix de Dieu fait par l’Église » (p. 476); mais ceci est une autre histoire que développe Joseph Moingt dans son livre.

Nous verrons, dans un prochain article, les enseignements à tirer de ce rappel historique.
Suite : La distinction clercs/laïcs (IIe partie)

Jean Housset

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Commentaires
dr bernard onfray

Trois fois oui !
Aujourd'hui comme avant Vatican II le pouvoir règne et les laïcs sont sous tutelle donc toutes les femmes .......
Comment s'étonnez que cela ne puisse plus passer en 2018.
Le plus grave c'est que le message du Christ s'évanouit lui aussi par ce fait......

Georges Heichelbech

Cette ambiguïté sur la place des clers et des laïcs dans l'Eglise existait déjà en 1987 lorsque des clercs se sont réunis pour faire un synode sur les laïcs. Ce ne serait venu à l'idée de personne d'y associer aussi les laïcs.
http://georgesheichelbech.blog.lemonde.fr/2011/01/18/le-synode-sur-les-l...

BLOYER

Je découvre et japrécie beaucoup !

BLOYER

J'apprécie beaucoup !

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