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Détruisez ce temple

Patrick ROYANNAIS
© Jean Jouvenet / Wikimedia Commons

Dimanche 4 mars 2018 – 3e dimanche du Carême – Jn 2, 13-25

On parle de nouvelle évangélisation depuis des années. Je vois nombre de diocèses s’interroger sur les méthodes d’évangélisation et lorgner sur ce qui se passe outre-Atlantique, notamment vers les évangélistes qui font baver d’envie tant leurs succès paraît évident.

Tout cela me laisse plus que perplexe. Dans une société mondialisée et technico-scientifique, une société de l’univoque, du « ça marche ou ça ne marche pas », du « c’est utile ou ça ne sert à rien », les religions me paraissent devoir être minoritaires, toujours plus et pour longtemps. La superstition ne disparaitra pas, fût-ce sous la forme des fake-news, mais contrairement à ce que chantait l’Action Catholique dans l’entre deux guerres, nous ne referons pas chrétiens nos frères.

L’envie, si ce n’est la jalousie, suscitée par les évangélistes pourrait être mauvaise conseillère, voire péché. Faire du nombre est-ce bien ce qui importe ? Les méthodes pour annoncer l’évangile seraient-elles mauvaises ou dépassées ? Le penser évite de se remettre en question plus radicalement. Et si c’était le manque de conviction de l’Église qui était en jeu. Les catholiques pratiquants réguliers ont-ils effectivement le souci de l’évangélisation, non comme un refrain incantatoire mais en étant « disciples missionnaires » ?

Plus encore, notre Église, par notre péché et ses limites institutionnelles, ne peut qu’être facteur de déchristianisation. Bien sûr, il y a la pédophilie, mais aussi la médiocrité de ce que nous vivons, le ronflant des cérémonies, des titres et des costumes, la vacuité de nombre de discours et homélies, le positionnement d’opposition dans la société. Mais non, tout va très bien, nous n’avons pas à nous interroger, seulement à haranguer une société qui se détourne de la vérité, de ce qui fait vraiment vive. France Culture, qui offre une tribune aux divagations de Michel Onfray, mettait pourtant à la une de son site la semaine passée la religion comme rempart contre une société en perdition, des enfants suspendus à un écran !

Alors l’évangile de ce jour, les marchands chassés du temple, prend un relief et une actualité particuliers. Détruisez ce temple. Détruisez ce qui représente le religieux, détruisez le religieux. Je le rebâtirai, en trois jours. Et nous l’avons rebâti… depuis des siècles.

Car le temple dont parlait Jésus, ce n’était pas un nouveau culte, de nouveaux espaces sacrés, temples ou églises, une nouvelle religion plus vraie que la précédente. Certes, « le temple de Dieu est sacré » mais « ce temple, c’est vous ». Le temple c’est le corps de Jésus, et donc chacun avec les autres, à commencer par ces petits qui sont les siens. Le culte nouveau, c’est le lavement des pieds, le service des frères. Le psaume le savait déjà : « Écoute, mon peuple, j'accuse, Israël, et je t'adjure, moi, Dieu, ton Dieu. Ce n'est pas tes sacrifices que j'accuse, tes holocaustes sont constamment devant moi. […] L'impie, Dieu lui déclare "Que viens-tu réciter mes commandements, qu'as-tu mon alliance à la bouche, toi qui détestes la règle et rejettes mes paroles derrière toi ? Si tu vois un voleur, tu fraternises, tu es chez toi parmi les adultères ; tu livres ta bouche au mal et ta langue trame la tromperie. Tu t'assieds, tu accuses ton frère, tu déshonores le fils de ta mère. Voilà ce que tu fais, et je me tairais ? Penses-tu que je suis comme toi ? Je te dénonce." »

Ils sont pourtant nombreux les chrétiens à revêtir la tenue de service, mais ce n’est pas comme cela que l’Église est connue. On pourra toujours dire que c’est la faute aux média, aux ennemis de la foi. Mais tant que la charité ne sera pas ce qui définit spontanément et évidemment les chrétiens, surtout aux yeux des non-chrétiens, la nouvelle évangélisation sera une gesticulation hypocrite et stérile, une distraction comme dirait Pascal. Et que l’on ne vienne pas dire que l’Église n’est pas une ONG ! C’est le commandement du Seigneur, précisément en ce chapitre du lavement des pieds, ou encore au chapitre 15 du même évangile de Jean : « Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. »

Nous connaissons par cœur l’évangile des marchands chassés du temple, mais pour nous asseoir dessus. C’est une dénonciation du temps de Jésus qui ne nous concernerait pas. Non, la condamnation du religieux est sans appel dans l’évangile. Le business ecclésial mérite le même sort que les tables des changeurs. Que notre foi soit d’abord et principalement service des frères. C’est encore le chapitre du lavement des pieds qui donne la règle de l’action missionnaire : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

Patrick Royannais – royannais.blogspot.fr

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