Vous êtes ici

Des indignés dont les cris ont traversé 20 siècles.

Anne-Joëlle PHILIPPART
La Visitation.
© CC0 Domaine public

Dimanche 24 juin 2018 – Naissance de Jean le Baptiste – Lc 1, 57-66.80

Mais que s’est-il donc passé en Palestine aux alentours de l’an 30 ? Qui sont donc Élisabeth, Jean, Marie et Jésus ? Quel est ce cri contenu dans les Évangiles ?

À cette époque, la Palestine est gérée par l’administration romaine. En parallèle à ce pouvoir temporel, les Juifs sont sous la domination d’un pouvoir totalitaire théocratique aux mains des prêtres du temple. Par leurs fonctions cultuelles, ceux-ci se procurent pouvoir, avoir et gloire. Comme dans bien des sociétés antiques, Dieu et la religion sont instrumentalisés pour justifier une société inégalitaire. Dans la foulée d’un mouvement déjà présent depuis des années, Jean, Élisabeth, Marie et Jésus vont s’insurger contre cette balafre sur le visage de Dieu. Jean et Élisabeth ferment l’ancien testament et ouvrent la nouvelle alliance, celle d’un Dieu plus proche et davantage « parent », à l’écoute et qui ne veut pas de sacrifice. Marie et Jésus en manifeste la venue.

Ainsi Élisabeth, rappelant Sara et les matriarches, connaît une maternité inespérée par l’action de Dieu. Cette action la restaure dans sa dignité de femme dont d’injustes lois patriarcales l’excluaient. Annonciatrice des temps nouveaux, Élisabeth est prophétesse. Elle impose sa vérité face aux hommes. Jean, rappelant les prophètes de l’ancien testament, appelle à se convertir. Il interpelle le pouvoir en place et en souligne les travers. Jean est aussi annonciateur des temps nouveaux, annonciateur de celui qui est plus grand que lui et qui baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.

Marie « ouvre » les Évangiles. Elle est jeune. Par l’action de Dieu, elle connaît aussi la maternité et c’est à elle, directement, que le message est délivré. Dieu continue donc de parler aux femmes. De plus, comme certaines grandes figures féminines bibliques, Marie est tout sauf douce, gentille et soumise, Marie parle et agit. Les Écritures lui font prononcer un véritable chant de ralliement des humiliés de la terre. À Cana, elle donne des ordres et, lors de la condamnation de Jésus, elle ose le suivre jusqu’à la croix.

Jésus manifeste le Royaume de Dieu. Tous ses gestes en sont comme autant d’étincelles. Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Le roseau froissé, il ne le brise pas et la mèche fumante, il ne l’éteint pas. Son message est limpide et accessible même aux plus petits. En marche les humiliés, les endeuillés, les humbles, les affamés de justice, les matriciels, les cœurs purs et les faiseurs de paix (Chouraqui, Mt 5) !

Ainsi donc, avec Jean et Élisabeth, Marie et Jésus, un nouveau paradigme est en marche, un paradigme où les races, les classes sociales et les sexes ne sont plus des prétextes pour humilier et exclure, un paradigme que tous les « progressistes » ont ensuite relayé quitte parfois à reprendre ceux-là mêmes qui sont sensés… le proclamer !
 

Anne-Joëlle Philippart

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire