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La démission des évêques chiliens ...

Jacques NEIRYNCK
pédophilie
© Norbert de Jonge / Wikimedia Commons

La démission spectaculaire et collective des évêques chiliens marque une nouvelle étape dans la lutte contre la pédophilie.

La démission spectaculaire et collective des évêques chiliens marque une nouvelle étape dans la lutte contre la pédophilie. Comme l’a souligné le pape François, ce n’est plus l’affaire de quelques individus ayant fauté, mais de l’Eglise tout entière, à commencer par le pape lui-même. À juste titre, il a pointé le sentiment de supériorité instillé dans le clergé lors de sa formation, qui peut dévier en permissivité générale, en refus de la loi civile, en conspiration du silence. Une certaine identification du prêtre avec la figure christique est sous-jacente à ce sentiment, tout comme elle l’est dans le refus d’ordonner des femmes. Celui qui édicte ou enseigne une norme morale peut être tenté de s’en sentir dispensé.

Mais il est une explication beaucoup plus banale qui n’est jamais évoquée. Quelle est la relation entre le célibat ecclésiastique et la tentation de pédophilie ? Il suffit de formuler cette question pour qu’elle soit aussitôt écartée par l’affirmation pesante qu’il n’y a évidemment aucun rapport et que l’on est hors sujet. Certes, la pédophilie est une perversion qui affecte toutes les couches de la population, à commencer par les familles, mais aussi toutes les organisations mettant en contact adultes et enfants, par exemple les clubs sportifs ou les écoles. Cette débauche n’est ni une exclusivité de l’Église catholique, ni le péché de la grande majorité du clergé.

Cependant, il serait intéressant de comparer des choses comparables, en scrutant la situation des Églises réformées, orthodoxes et anglicanes là où elles coexistent. Quelle est la fréquence respective des cas dans les pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse, les États-Unis ? On éprouve le sentiment diffus qu’une telle comparaison serait peut-être défavorable aux Églises catholiques. C’est une raison pour l’établir et non pour l’éviter.

On pourrait continuer l’investigation par des enquêtes plus poussées sur le déroulement de ce drame dans des cas particuliers. Le célibat ecclésiastique implique l’obstacle à toute relation affective entre un prêtre et une femme adulte. Or, celui-ci peut très normalement éprouver le besoin d’une affectivité. Dès lors, cet interdit ne pèse pas sur la relation entre le prêtre et un enfant. Est-ce par cet interstice que la tentation, puis la faute se glisse ? Comme il est impossible de répondre à cette interrogation, il est d’autant plus urgent de l’investiguer.

Si une enquête sérieuse révélait que les cas de pédophilie dans le clergé catholique, de rite occidental, sont proportionnellement plus nombreux que dans le clergé réformé ou anglican, s’il était établi que le célibat ecclésiastique constitue une mise en tentation, même pour des hommes qui ne sont au départ pas soumis à cette attirance, alors un grand pas serait fait. Car ni le célibat obligatoire des hommes ni le refus d’ordonner des femmes ne seraient plus tolérables. Le courage qui manque pour corriger ces anomalies serait remplacé par une évidence, qui dicterait une réforme inévitable. Il n’y a jamais de mal à regarder une réalité bien face.
 

Jacques Neirynck

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