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Un cri d’alarme de Teilhard. Évoluer ou disparaître.

Ilia DELIO
Teilhard de Chardin
Par Inconnu (Archives des jésuites de France) [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Ilia Delio, membre des Sœurs Franciscaines de Washington DC, USA, est titulaire de la chaire de théologie Josephine C. Connelly à l’université Villanova. Auteur de 16 ouvrages dont Faisons toute chose nouvelle : Catholicité, cosmologie et Conscience (Orbis Books, 2015) et éditeur en chef de la série Catholicité dans un Univers en évolution, elle a publié dans Global Sisters Report, le 27 juin 2017, un article dont voici de larges extraits (pour la traduction in extenso, voir).

Nous avons tous entendu parler, au moins dans les journaux, du Big-bang, de Galilée et du soleil, de Darwin et son évolution des espèces, d’Einstein et des ondes gravitationnelles. Même si les détails nous échappent, regardons un peu la chronologie : le Big-Bang date d’environ 13 milliards d’années, notre planète Terre de 5 milliards d’année, les premières espèces vivantes sur la Terre datent de 3 milliards d’années, nos lointains ancêtres, les hominidés, de 2 millions d’années et notre espèce, Homo sapiens, d’environ 100 000 ans, c’est à dire qu’il y a 200 000 ans nous n’existions pas, et il y a 6 milliards d’années la planète Terre n’était qu’une partie d’une étoile comme notre soleil. Tout l’Univers est en évolution, et si des choses continuent à apparaître, d’autres disparaissent, l’étoile qui a explosé pour donner la planète Terre n’existe plus, les premiers hominidés ne sont plus maintenant que des fossiles, et alors notre espèce, Homo sapiens ?

Ilia Delio, dans cet article, propose qu’à la suite de Teilhard de Chardin, nous  réfléchissions à l’évolution de notre espèce. Elle commence par rappeler un essai de Teilhard paru en 1953 deux ans avant sa mort. Celui-ci écrivait : « L’angoisse de notre époque : un monde en train de s’asphyxier. Parti de petites tribus nomades l’espèce humaine habite maintenant tous les endroits du globe, c’est une réalité nouvelle sur Terre et nous entrons en compétition entre nous et les autres espèces pour des ressources et des terres qui sont en quantités limitées, dans un espace clos. Comme un train à l’heure de pointe, la terre est devenue un endroit où on a peine à respirer. » On ajouterait de nos jours que nous respirons un air malsain pollué par nos moyens de transport et notre industrie. Teilhard continue : « Plutôt qu’une réduction eugénique ou une expansion extraterrestre, peu efficace ou peu encore probable, il faut chercher autre chose sinon notre phylum zoologique ne pourra survivre. » C’est à dire soit nous changeons, soit nous disparaissons !

Ilia Delio poursuit : « Nous n’avons pas pris le processus d’évolution comme une affaire personnelle. Par évolution j’entends simplement que le changement fait partie intégrale de la vie car nous ne sommes pas immuables ou sans variations, en fait, Teilhard l’a souvent écrit, nous changeons. Nous sommes en train de devenir ce qui n’a pas encore été vu ou connu. Vivre en évolution c’est abandonner les structures qui empêchent la convergence et l’approfondissement de la conscience pour prendre en main  des structures nouvelles de créativité, d’inspiration et de développement. L’évolution demande d’avoir confiance dans le processus de la vie elle-même parce que, du point de vue de la foi, il y a une puissance au cœur de la vie qui est divine et digne d’amour. D’une perspective chrétienne, vivre en évolution c’est unifier ce qui est différent, c’est s’exposer, être partie prenante, c’est défier les positions retranchées et immuables en trouvant de nouvelles pratiques et croyances qui dynamisent la vie en Dieu. »

Elle n’est pas sans souligner, à la suite de Teilhard, que dans la nature tout se passe comme s’il y avait « une pulsion constante à aller vers les plus hauts niveaux de relations complexes et de conscience et que l’évolution était le processus de toute vie… et que chaque système, s’il voulait survivre, devait se conformer à l’évolution ».

Elle s’étonne « de voir combien de gens résistent au principe d’évolution, alors qu’ils adhèrent sans hésiter à notre culture technologique » et elle donne comme exemple l’apparition des smart phones : en un peu plus d’une décade nous sommes passés des téléphones fixes attachés à un mur à de petits ordinateurs de poche qui nous permettent non seulement de parler mais de voir notre correspondant et de lui écrire. À ce sujet elle conclut : « Les nouvelles technologies montrent que l’évolution technologique est le résultat de ce qui intéresse notre esprit et sur quoi alors nous nous concentrons. Esprit et matière sont enchevêtrés. Si je rêve à quelque chose et que j’y concentre mon esprit, que je crée cet objet et le fabrique, alors je rejoins l’objet de mon rêve : ce qui était un rêve est devenu une réalité tangible. C’est une dimension humaine de l’évolution qui prolonge notre évolution biologique. »

Mais savons-nous comment penser en personne en état d’évolution, s’interroge-t-elle ? Elle pointe deux types de résistances au processus de l’évolution : la religion et l’éducation : « En religion nous avons des systèmes de foi enfermés dans de vielles cosmologies et entravés par des doctrines. Pour l’éducation nous séparons toujours le savoir objectif et la spiritualité. » Teilhard n’écrivait-il pas à ses supérieurs : « À l’époque de la mécanique quantique on ne peut pas continuer à évangéliser comme avant» ?

Certes les résistances sont moindres dans les nouvelles générations, celle de la « génération du numérique » qui a vu l’extension de la communication par Internet ; certes Vatican II a apporté ses réformes dont beaucoup de laïcs se sont emparés, mais on voit aussi combien le pape François éprouve de difficultés à convaincre la Curie et beaucoup d’évêques à se tourner vers la périphérie où se trouve la vie en évolution.

Ilia Delio conclut alors : « Nous devons renforcer notre action et nous rassembler pour ce que nous avons devant nous, l’avenir vers lequel nous sommes attirés avec crainte mais d’une façon irrésistible. C’est le véritable test de notre foi au Dieu Tout-puissant qui gouverne le ciel et la terre, car ce Dieu est l’avenir. »
 

Ilia Delio – traduction de Jean Garnier

NDT: Une pétition circule pour que Teilhard de Chardin soit déclaré Docteur de l’Eglise:

https://action.groundswell-mvmt.org/petitions/declare-pierre-teilhard-de-chardin-s-j-a-doctor-of-the-roman-catholic-church"

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Commentaires
Visiteur

Oui la vie ne peut exister sans renouvellement , ni transformations
Figer "la Vérité" est la tuer
Il serait grand temps que certains réalisent que nous sommes dans le 3ème millénaire avant que l'institution ne meurt

michel montr

Ceci est mon premier commentaire sur ce site .
Quel beau texte d'une justesse infinie bien sur que nous sommes en perpétuelle évolution depuis des millénaires. Je l'ai lu et relu plusieurs fois
Oui l' Eglise évoluera ou disparaîtra en secte intégriste.
Et que le Pape François a terriblement de difficultés à faire évoluer vers les périphéries et que les forces du retour en arrière peut-être même jusque avant la révolution française sont puissamment à l'oeuvre,
Nous chrétiens dans le sens de l'évolution nous sommes très souvent muet et faisant le gros dos , il faut parler .
Oui Teilhard de Chardin doit être fait de Docteur de l'Eglise

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