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« Consubstantiel au Père » ? Non !

Alain & Aline WEIDERT
Etreinte
@ wikipedia


À partir du premier dimanche de l’Avent 2019, décision prise par nos évêques, nous ne dirons plus dans le Credo de Nicée-Constantinople « de même nature que le Père » mais tous en cœur : « consubstantiel au Père ». Vraiment ?

L’étreinte primordiale !

Dieu n’est ni caractérisé par une substance ni enfermé dans une substance. Dieu est esprit (Jn 4, 23-24). Dieu est amour. Nous ne sommes pas les fidèles du latin (consubtantialem Patri) mais essayons d’être les fidèles d’un Dieu qui est lumière et vérité, un Dieu en conversation, qui dialogue, qui « s’entretient » avec les hommes « pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » (Dei Verbum 2, Vatican II), un Dieu qui « a voulu se manifester et se communiquer lui-même » (Dei Verbum 5). Créateur et créatures existent de pair. Son amour, c’est cela. Nous croyons en un Dieu qui n’existe pas sans l’Homme, car c’est ainsi, par l’Homme, que son amour s’exprime, se réalise, est rendu effectif. Sans le Fils et sans les fils il y aurait un vide en Dieu. Nous essayons ainsi d’être fidèles au Christ Jésus qui, dans l’Évangile, est le chemin, la vérité et la vie et non pas consubstantiel à Dieu. La substance n’a rien à voir avec notre foi en Christ, elle n’a rien d’existentiel.
Tout Homme, fille et fils avec le Fils, est appelé à partager l’existence de Dieu, nullement sa substance que, par synonymie, chacun assimile malheureusement au mot matière. Dieu n’est pas un marbre théologal. Il est dynamisme de rencontre et d’alliance.

                  

 Être conforme et fidèle au mot latin ne peut être un critère d’adhésion à la foi. « Consubstantialem » ne doit pas devenir une idole. Le concept qu’il recouvre ne peut devenir plus important que la parole échangée entre le Fils et le Père, plus important que la parole de Dieu qui dit et réalise ce qu’elle exprime par le Fils. Le concept de consubtantialité, même en invoquant son origine grecque homoousios, ne peut être monté en épingle. Il n’a pas à être majoré par rapport à l’exceptionnel sens chrétien du rapport Dieu/Hommes dont le monde d’aujourd’hui attend de savoir ce qu’il est. Un monde en manque d’une parole vivifiante qui dise Dieu aux femmes et aux hommes qui, dans nos sociétés, n’en ont plus rien à faire (« Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement », Guillaume Cuchet, Le Seuil, 2018). Le mot-contenant ne peut être mis au-dessus du contenu. Ce n’est pas l’étiquette qui fait le vin. On ne peut aller aux périphéries en ayant mis notre vin en substance, dans une outre ancienne, au risque évident de le rendre imbuvable. Ce serait aujourd’hui, pour l’annonce de la foi chrétienne, s’enfoncer dans la catastrophe !
La « substance » immuable, invariable, est inaudible. Elle est aujourd’hui un non-sens théologique, une aberration catéchétique et liturgique. La substance vitrifie la foi, elle pétrifie l’Évangile. Elle vitrifie Dieu et plombe l’Homme. C’est une fuite en arrière, un refuge. Un dieu immuable serait un dieu mort et nous avec lui. La substance est ce qui existe en soi sans changement, mais le Père n’existe pas en soi, il existe en dialogue avec Jésus le fils aîné, par lui et en lui mais aussi avec tous ses frères et sœurs. D’ailleurs pourquoi Dieu serait-il plus père que mère ? Aurait-il un sexe ? Le dialogue offert est fait de communion, d’altérité mutuelle qui n’est bien sûr pas sans risque, sans bouleversements pour la quiétude religieuse, car dialogue potentiellement riche de surprise, d’étonnements, gage d’une évolution pour tous. Il n’y aurait sinon rien d’autre à entendre que le monologue en boucle d’un monarque surplombant.
Être « consubstantiel » est un piège pour la foi, c’est une définition sans plus. Grand bien leur fasse au Père et au Fils d’être consubstantiels ! En s’exprimant familièrement, cela nous fait une belle jambe ! La substance introduit à une connaissance théorique, abstraite, elle cerne, circonscrit, ferme l’avenir. Elle ne conduit qu’à se conformer à des rapports où tout est déjà joué d’avance. Tout l’inverse de ce que l’on peut comprendre au livre de l’Exode (3, 14). Dieu devient ce qu’il est, il y a du devenir en Dieu. Nous ne pouvons mettre notre foi en des définitions fixistes, passéistes de Dieu mais sommes invités à expérimenter à notre tour ce qui se réalise entre le « Père » et le « Fils ». Regarder en arrière serait à coup sûr connaître le sort des statues de sel. Mettre la substance au pinacle transformerait chrétiens et chrétiennes en croyants de faïence. Ils réciteraient un Credo incohérent avec l’expansion du Mystère du Christ en intelligence et sagesse pascale.
Nous ne pouvons acquiescer à ce rétropédalage frileux qui évite le déploiement de la foi christique. Cette grave décision verticale, sans concertation synodale, serait pour le coup un arrêt sur image, une décision flagrante de cléricalisme, en complet décalage avec les « semences du Verbe » agissantes en tous et présentes dans une création en attente de la Révélation des fils et des filles de Dieu. Le mot « nature » avait au moins pour lui le mérite d’exprimer une réalité vive dans laquelle le vivant s’épanouit, synonyme d’aventure et de richesses imprévues. Nous continuerons donc à dire « de même nature que le Père ».
Mais allons plus avant ! Ce qui se vit dans le rapport Dieu/Hommes est un événement, une expérience vécue de personne à personne, un phénomène, pas un rapport inerte de substance à substance.
Quand l’homme et la femme, faits à l’image de Dieu, s’offrent l’un à l’autre et se reçoivent mutuellement, ce ne sont pas des substances qui s’aiment. Alors, au risque de paraître hérétiques, déclarés « hors-la-foi », non seulement nous contestons le fait d’en revenir au niveau abstrait, philosophique de la substance comme si celle-ci était le summum que nous ayons à confesser, à manifester, mais nous osons demander pourquoi dans le Credo il ne serait pas plutôt question de « personnes ». Nous appelons donc de nos vœux un Concile christologique en vue de la formulation d’un Credo adapté à l’âge de la foi auquel les baptisés sont parvenus. En parler nous fait entrer déjà dans le temps de ce Concile.

Incroyable mais vrai ! Ce couple enlacé se trouve au Vatican sur une grande tapisserie murale, œuvre de Camilian Demetrescu. Une étreinte qui préside aux audiences du Pape dans une salle qui jouxte la salle Paul VI. On aurait pu s’attendre en ce lieu à une figuration de la Trinité, de la résurrection du Christ ou de Dieu le Père. Il n’en est rien. Le Pape y reçoit ses hôtes en présence d’un couple qui s’épouse, image du mystère de Dieu et de l’Homme conjoints dans le Christ. Une théophanie ?

Nous n’en sommes plus à l’époque de la controverse arienne et l’on ne nous fera pas ânonner l’incompréhensible pour continuer à contrer Arius et légitimer le pouvoir impérial. Par contre il est crucial pour l’expression de la foi en Christ aujourd’hui de privilégier la « personne » dans toutes ses composantes par rapport à la « substance » ainsi que les « relations interpersonnelles » par rapport à « consubstantiel » si nous voulons faire droit à un Dieu personnel. Dieu s’est fait Homme pour que l’Homme devienne Dieu. Les hommes « sont rendus participants de la nature divine » (Dei Verbum 2 ; Lumen Gentium 40 ; Ad Gentes 3, Vatican II), pas appelés à devenir consubstantiels à Dieu. Dieu soit loué !
Nous ne pouvons plus professer la foi en la consubstantialité des personnes du Père et du Fils, en une notion fossile qui sclérose la joie de l’Évangile. Par contre nous croyons au rapport de connivence, d’intimité, d’intelligibilité, d’altérité, de l’une et de l’autre personne. Nous croyons aux relations interactives entre les sujets qu’elles sont. Nous croyons en leur conjugalité, en leur étreinte. Au final nous sommes amenés à confesser de façon inédite la conjointalité Dieu/Hommes qui se joue dans le Christ Jésus, puis en tout baptisé. Mais dans ce cas l’analogie la plus adéquate pour parler des relations Dieu/Hommes n’est plus celle du rapport Père/Fils mais plutôt celle du rapport homme/femme dans le couple. Un référentiel d’avenir pour des relations ecclésiales ajustées, augmentées, ravivées. La théologie n’a pas fini de pèleriner vers l’insoupçonné.


Alain & Aline Weidert à Chalvron près de Vézelay
Premier dimanche de l’Avent 2018

Pour un complément à cette réflexion nous renvoyons à notre « Lettre du Narthex » de janvier 2018 parue sur le site de la Conférence catholique des baptisés : « Consubstantiel » ? Non, mieux que cela ! » : http://baptises.fr/content/bientot-en-france-nouvelle-traduction-du-credo

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Commentaires
Visiteur

Merci de militer pour une expression humaine et pragmatique de formuler sa foi ; accumuler les expressions complexes n'élève pas le débat, ni l'intelligence des baptisés.
Quelle importance nos évêques se donnent-ils de couper ce genre de cheveux en quatre ? N'ont-ils rien de mieux à faire au service de leurs ouailles ?
Fi donc.
LM

dominique bargi...

De toute façon avec les traductions la il y a toujours des difficultés et je prendrai pour exemple les différentes versions du Pater.Avant le Concile on disait:"et ne nous laisse pas succomber à la tentation"puis on est passé à"ne nous soumets pas à la tentation" laissant entendre que c'était donc le Christ qui volontairement nous tentait, pour en revenir,certes pas tout à fait à la précédente formulation mais à "ne nous laisse pas entrer en tentation"
Dans la mesure où le Christ lui-même a été tenté je ne vois pas comment nous ,nous ne serions pas soumis à la tentation. Pour moi le "consubstanciel "au Père veut simplement souligner que le Christ est dans le Père et que le Pére est en lui
" ne sais-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi?"

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