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Pour la communion, je vous rappelle que ceux qui…

Nathalie
Par Darreenvt (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) ou CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Dans certaines célébrations dominicales, au moment où les fidèles s’apprêtent à s’avancer pour recevoir la communion sacramentelle, il est encore possible d’entendre le prêtre énoncer une phrase qui ressemble à celle-ci : « pour la communion, je vous rappelle que les personnes dont l’état conjugal n’est pas en accord avec la discipline de l’Église doivent s’abstenir de recevoir le corps du Christ, mais peuvent s’avancer avec les bras sur la poitrine pour venir recevoir, des mains du prêtre, une bénédiction… » Il y a des variantes, mais l’idée est bien toujours la même.

Combien de personnes dans la situation de « divorcés-remariés », présent  par hasard ce dimanche-là, ont été choquées, et même blessées par de tels propos. Certains l’ont ressenti avec une grande violence et s’ils n’avaient pas trouvé ensuite, dans un autre lieu d’Église, une oreille attentive de pasteur qui prend le temps de les accueillir, de les accompagner, d’entendre leur souffrance à ces paroles entendues, ils auraient rejoint ceux qui sont déjà partis de l’Église pour cette raison, ou pour une autre.

Nous pouvons dire clairement que de telles pratiques ne sont plus possibles depuis que le pape François a fait paraitre son exhortation apostolique Amoris Laetitia. En effet, ces propos appliquent une norme à une personne qui n’est jaugé que sur son état « objectif », celui de personne « divorcés-remariés ».

Or on peut lire dans le chapitre VIII,

  • au numéro 301 : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite irrégulière vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante » ;
  • au numéro 304 : « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain » ;
  • au numéro 305 : « Il est possible que dans une situation objective de péché on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et que l’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. »

Dans la note 351 le pape précise : « dans certains cas il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements », ce qu’il avait déjà écrit dans sa précédente exhortation Evangelii Gaudium où l’on trouve également cette phrase sans équivoque : « même la porte des sacrements ne devrait pas se fermer pour n’importe quelle raison. »

Si ces quelques extraits ne vous ont pas convaincu, vous pouvez lire tout le chapitre VIII.

Et même toute l’exhortation et vous verrez que, justement, ceux qui expliquent aux personnes « divorcées-remariées » que si elles communiaient de leur propre chef, elles le feraient de manière indigne, pourraient méditer pour eux-mêmes avec profit le n° 186 sur la dignité eucharistique : « Lorsque ceux qui communient refusent de s’engager pour les pauvres et les souffrants ou approuvent différentes formes de division, de mépris et d’injustice, l’Eucharistie est reçue de façon indigne. »

Nous sommes vraiment tous concernés : « La célébration eucharistique devient ainsi un appel constant à chacun à « s’examiner lui-même (v. 28), en vue d’ouvrir le cercle de sa famille à une plus grande communion avec les marginalisés de la société et donc de recevoir vraiment le Sacrement de l’amour eucharistique qui fait de nous un seul corps. »

Voilà ce qu’une lecture «  responsable » de l’exhortation nous permet d’affirmer.

Une autre remarque qui ne date pas de cette exhortation s’applique tout particulièrement aux prêtres qui attachent  beaucoup d’importance à célébrer selon le rituel et qui considèrent d’un mauvais œil leurs confrères qui se permettent des « digressions pastorales ». Ce sont souvent ceux-là même qui ajoutent au rituel la phrase citée en début de ce texte qui, à ma connaissance, même si elle est, hélas, devenue « rituelle » dans certaines paroisses, ne fait pas vraiment partie du missel romain.

Et je termine en citant encore Amoris Laetitia. Il est clair que de tels propos tenus par un prêtre ont fait fuir un certain nombre de fidèles et pas seulement ceux qui sont directement visés, alors qu’au n° 312 on peut lire : « J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. » Je ne suis pas certaine que les paroles de jugement prononcées sur leur situation incitent les personnes concernées « à s’approcher avec confiance » !

Et n’oublions pas que «la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père, mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants. En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. » (n° 310 )

Nous serons donc jugés à l’aulne de notre miséricorde, qui n’est pas un sentiment de condescendance ou de tolérance pastorale vers ceux qui semblent ne pas correspondre à certaines normes de l’Église et que, patiemment d’ailleurs et avec grande charité, on encouragerait à revenir dans cette norme, même si cela leur imposent des « sacrifices » comme ne pas pouvoir vivre la communion sacramentelle. Cette miséricorde est l’amour même de Dieu, elle nous fait aimer nos frères car nous avons ressenti cet amour de Dieu pour nous et nous savons qu’il est aussi pour tous et qu’il doit passer par nous.

Et cette miséricorde est imméritée, inconditionnelle et gratuite. 
 

Nathalie

https://synodequotidien.wordpress.com/2017/06/13/13-juin-2017/

Commentaires
de Kergommeaux

Cela fait du bien de relire du pape François d'une grande ouverture!

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