Vous êtes ici

La communauté est confession de foi

Patrick ROYANNAIS
Messe paroissiale
Laszlo59 / Wikipedia / CC BY-SA 3.0

Dimanche 10 septembre 2017 – 23e dimanche du temps ordinaire – Mt 18, 15-20

Notre page d’évangile exprime l’importance de la communauté. Comme si l’on ne pouvait exister coupé d’elle, comme si, sans elle, on mourait. Dans les Actes, on rapporte que Ananias et Saphire son épouse remettent aux apôtres le prix de la vente d’un champ. Ils gardent cependant une part pour eux, tout en laissant croire qu’ils ont tout donné. Personne ne les obligeait à quoi que ce soit. Mais leur tromperie empêche la communauté, le cinéma de générosité cause leur mort. La communauté en est tout ébranlée.

Ce n’est pas de mentir qui fait mourir, ou alors, j’imagine que nous serions tous morts ! C’est de tricher avec la communauté. En s’en séparant, la foi meurt. On ne peut vivre comme disciples sans elle, parce que l’on ne peut vivre de Jésus sans frères. S’il s’agit du même genre de thématique avec notre évangile, on peut comprendre l’importance de prendre soin de la réconciliation avec le frère. C’est une manière de prendre soin de la communauté.

Devant une dissension, avant d’exclure ou de faire du ramdam, il convient d’essayer de régler le problème simplement. Non pas la culture du silence que l’on reproche tant à l’Église, mais le souci de la communauté et des frères. Plutôt que de dénoncer ou jeter l’opprobre sur son curé, on peut venir le trouver. S’il n’entend rien, il faut chercher de l’aide auprès de quelques conciliateurs. On verra pour plus tard s’il y a nécessité de rompre, ne serait-ce qu’en tournant silencieusement les talons. En outre, dans un conflit, il est assez rare qu’il n’y en ait qu’un à porter la totale responsabilité de la faute et que les autres ne soient qu’innocents.

Plus encore que ce conseil de bon sens qu’on aimerait voir honorer, on pourra retenir le souci, le « care » comme l’on dit aujourd’hui, le soin de l’Église, de la communauté. Les uns les autres avons des relations dans et avec une ou des communautés chrétiennes. Comment s’expriment ces relations ? La paroisse est-elle une boutique où l’on vient chercher tel ou tel article que l’on s’estime en droit de trouver ? Clients rois, qui payons, ou pas, le Denier de l’Église, il nous faut la disponibilité d’un curé, de catéchistes, d’un accueil paroissial, etc., le service dont nous pensons avoir besoin et auquel nous estimons avoir droit.

Caricatural ? À voir. Reste la question. Quel soin prenons-nous de la communauté ? Comment sommes-nous attentifs à sa possibilité de vivre, de vivre bien ? Cela passe par exemple par le souci de nous connaître ; nous ne venons pas à la messe pour prendre l’hostie, mais pour communier. Avec qui communions-nous ? Pouvons-nous communier au corps du Christ et ignorer la communauté qui est ce corps ? Nous pouvons apprécier de ne pas être liés dans nos agendas par un horaire de messe. Et c’est bien compréhensible. Mais aller à l’eucharistie là et quand cela nous arrange nous permet-il de prendre soin de la communauté ? Comment nous dérangeons-nous pour elle, indice du soin qu’on lui porte ?

Vous aurez l’impression que je prêche pour ma paroisse, et je ne peux le nier. Ces considérations boutiquières cependant sont aussi une expression du souci de la communauté qui ne peut être que notre affaire à tous.

C’est bien de présence qu’il s’agit. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Cette réunion en son nom peut sans doute être l’eucharistie dominicale, mais ne s’y réduit évidemment pas. Ce peut être l’équipe de caté ou d’aumônerie ou l’action caritative que nous menons, au nom du Seigneur.

Le souci de la communauté a pour but non de faire vivre une institution, ce qui n’est peut-être pas si mal, mais de rendre le Seigneur présent, pour le moins de manifester sa présence. Pour que cette présence nous fasse vivre, nous et le monde, il faut que soit rassemblée la communauté, la communauté réconciliée, la communauté plus forte que ses éventuelles mais toujours réelles divisions. Jésus n’est jamais sans les frères. La communauté est confession de foi christologique. Sans dire encore un mot, elle montre son Seigneur.

Le souci de la communauté est artisanat de paix. Le souci de la communauté est possibilité de vivre notre foi. Le souci de la communauté est annonce d’un monde nouveau, réconcilié par le Christ, fraternité. Le souci de la communauté est possibilité de la manifestation de la présence du Seigneur. À prendre soin de la communauté, nous nous donnons la possibilité et offrons au monde la possibilité de toucher la présence du Seigneur.
 

Patrick Royannais – royannais.blogspot.fr

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire