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Cléricalisme ; la crise actuelle est-elle un signe pour le peuple de Dieu ?

Cléricalisme ; la crise actuelle est-elle un signe pour le peuple de Dieu ?
Université d'été
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Quelques réflexions et propositions à partir du dossier paru dans La Croix du 29 août 2018

En introduction à l'excellent dossier sur le cléricalisme, Guillaume Goubert indique qu'il ne s'agit pas « de mettre en application des procédures mais aussi de changer de culture ». Sans doute, mais l'évolution culturelle peut être aidée par la réforme des institutions.

Dans ce sens, voici quelques réflexions et propositions :

1- Toute institution à tendance autocratique peut dériver, d'autres plus aérées peuvent aussi dévier de leurs objectifs et vivre pour elles-mêmes. Seule une organisation plus démocratique, permettant débat et contrôle, peut éviter trop de défaillances. Cela vaut également pour l’Église qui doit pouvoir débattre de son fonctionnement et essayer d'apporter les réponses aux problèmes rencontrés d'aujourd'hui, les affaires d'agressions sexuelles n'étant pas les seules.

2- C'est la place du prêtre qui est interrogée aujourd'hui, et non celle des laïcs qui ferait question. Ensemble ils sont l’Église. Le prêtre remplit une mission qui peut prendre des formes diverses selon les lieux et les époques. Sa mission est pastorale et non administrative et financière.
Sans nier qu'on est prêtre pour toujours, on peut imaginer des fonctions qui seraient temporaires, le prêtre exerçant ensuite un emploi de salarié, ou des fonctions à temps partiel comme à la Mission de France.

3- La place des femmes dans l'Église revient régulièrement, mais dans des termes spécifiques, comme si la question de l'égalité, posée partout ailleurs, devait y être traitée différemment. On n'a pas à développer une « théologie de la femme », en cherchant ses dons particuliers, ni à faire des études anthropologiques pour dire quelle doit être la place des femmes, majoritaires parmi les fidèles.
Aussi, l’égalité des sexes doit-elle être reconnue pour toutes les fonctions dans l'Église, y compris pour les ministères ordonnés ouverts aux femmes, comme aux hommes, célibataires ou mariés.

4- Les ministères doivent être redéfinis, notamment en les limitant dans le temps, les vies étant longues. Un évêque ayant dirigé un diocèse urbain entre 50 et 60 ans pourra par exemple servir dans une paroisse rurale, sans se sentir rétrogradé, le Saint-Esprit continuant toujours son œuvre grâce à cet humble serviteur…
Dans ce redéploiement, il faut d'abord se poser la question des besoins de chaque communauté et étudier quelles sont les missions qui doivent être remplies prioritairement, et non répartir les effectifs en agrandissant sans fin les territoires. Des laïcs dûment choisis et formés peuvent être chargés de certains sacrements ou rites (c’est déjà le cas des funérailles). Le souci de proximité chrétienne, comme l'inquiétude des périphéries – le rural et les banlieues – doit être premier dans l'organisation de l’Église locale.

5- Des instances démocratiques sont à mettre à tous les niveaux.
Dans les paroisses, en donnant un rôle délibératif à un conseil paroissial avec des membres élus et à un comité financier établissant un budget annuel et rendant des comptes de gestion.
Dans le diocèse, avec un conseil diocésain, présidé par l'évêque et délibérant sur les questions pastorales et un conseil économique responsable du fonctionnement administratif et financier, selon le modèle d'un conseil d'administration d'association ; ces instances étant constituées des représentants élus des paroisses et des mouvements d'Église, avec quelques « personnes qualifiées ».
Dans cette redéfinition des fonctions, il n'y aurait nulle diminutio capitis. L'évêque exercerait pleinement sa fonction de « sur-veillant », mais sans décider seul, conservant l'autorité, cette qualité qui signifie « faire grandir » et qui garantit l'unité du peuple de Dieu.
Quant au prêtre en paroisse, il serait bien reconnu comme étant « le curé », c'est à dire celui qui prend soin, celui qui accompagne.
Mais l'exigence d'unité et le souci de communion ne doivent gommer ni la diversité, ni l'expression des idées et les propositions.

6- Dans la réorganisation souhaitée, un certain nombre de réformes peuvent être décidées sans avoir à modifier préalablement le code de droit canonique ; chaque conférence épiscopale nationale aurait ainsi à proposer les règles et procédures convenant au génie de chaque peuple, chaque diocèse les adaptant ensuite selon les circonstances locales.
Il s'agit en effet, face aux très graves difficultés actuelles, de donner régulièrement la parole au peuple de Dieu, ainsi que le pape François vient de le demander dans sa lettre du 20 août dernier, afin que chaque chrétien se sente responsable de tous.
Dans la dynamique institutionnelle, l'important est autant le débat que la décision elle-même. Et l'exercice du débat permet en lui-même de « faire communauté ».

7- Si la formation des clercs, et des laïcs ayant des responsabilités doit être revue, si les instances de fonctionnement doivent être réformées, un vrai levier de changement serait des mandats temporaires limités dans le temps, pour toutes les fonctions. Ces mandats ne devraient jamais excéder dix ans, avec évidemment des bilans périodiques, par exemple trois ans renouvelables deux fois, comme au Secours Catholique-Caritas France.

Ces jours-ci, on parle d'une crise venant de l'exercice du pouvoir. On dit que dans l’Église, « le pouvoir est un service ». Certes..., mais il faut savoir que tout service comporte à un moment donné une part de pouvoir, qui peut dévier, le chrétien restant un être humain avec ses dons personnels et ses limites comportementales.
Et nous devons savoir que dans toute organisation, dans les difficiles relations collectives, et la crise actuelle en est un exemple douloureux, le diable s'appuie toujours sur un trépied : le pouvoir, le sexe et l'argent. Il convient donc de limiter drastiquement les errements pouvant venir de ces trois risques, des risques souvent agréables…
 

Jean-Louis Loirat

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