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Chambre haute, de Dominique Cerbelaud

Anne SOUPA

Chambre haute, de Dominique Cerbelaud, o.p., éditions Passiflores, 2017, 176 p., 13,50 €


L’auteur de ce tout petit livre à la maquette soignée est un lecteur hors pair de la Bible. Polyglotte, traducteur, écrivain, c’est aussi un exégète accompli. À la fois attentif et érudit, il s’attache à faire ressortir la dimension anthropologique des récits bibliques. Pour le dire autrement, il s’applique à dire en quoi la Parole de Dieu est vraiment un salut offert à tous. Sa finesse de lecture lui vient de sa longue et ancienne connaissance de la tradition juive. « C’est auprès des juifs, dit-il, que l’on apprend à bien lire. » Sa capacité à aller à l’essentiel, sans complaisance facile, est indissociable de son activité de prédicateur, qualité dominicaine s’il en est. Un prédicateur pour lequel on vient de loin car, chaque dimanche de vacances, il remplit son église (l’abbaye de Boscodon, dans les Hautes Alpes), depuis la porte d’entrée jusqu’au pied de l’autel, où s’égaient, assis sur un tapis, une ribambelle d’enfants qui n’en perdent pas une.

Dominique Cerbelaud n’oublie jamais que la Bible est « Parole de Dieu » et qu’à ce titre, elle doit être expliquée, interprétée, « manduquée ». Car toute prédication doit d’abord nourrir son homme ! C’est avec tout son riche bagage et ces présupposés qu’il a pris la plume pour écrire un petit livre (après un premier sur la Transfiguration, Sainte Montagne, Lethielleux, 2005, et un autre sur la Genèse, Jardin perdu, Passiflores, 2015,) consacré cette fois aux chapitres 1 et 2 des Actes des Apôtres.

Chapitres essentiels, puisqu’ils racontent ce qui se passe après la résurrection du Christ, c’est-à-dire au début de « notre temps », marqué par le don de l’Esprit. Un temps qui questionne le chrétien. Est-il maintenant livré à lui-même, comme nostalgique d’un Dieu enfui au ciel ? Dans ce monde d’ici-bas, est-il avec Dieu ou sans lui ? Pour cela, il faut d’abord tenter de comprendre ce qu’est l’« Ascension » du Christ. Une disparition, ou un « absentement » ? Dominique Cerbelaud répond : Jésus s’est « absenté » dans la nuée plus qu’il n’est « monté au ciel ». La nuée ? C’est la même qui guidait les Hébreux au désert. Nuée qui offre la garantie de la présence de Dieu en tête de son peuple, et qui sauve l’invisibilité divine, son altérité fondamentale. Voilà qui pose différemment les choses par rapport à cette montée un peu magique du Christ « dans le ciel », qui était devenue le dernier mot des catéchèses. Autre question de taille : qu’est-ce que l’Esprit ? Une personne, une énergie, un « entre nous » ? Quel est ce langage nouveau que l’Esprit rend possible en envoyant des « langues de feu » ? Certes, il permet de comprendre chacun dans sa langue. Mais encore ? Que nous apprend Pierre sur le Christ lorsqu’il s’adresse à la foule interloquée ? Et quelle est cette communauté nouvelle, fraternelle, qui se constitue ? En répondant à ces questions et à bien d’autres, Dominique Cerbelaud montre aussi la continuité profonde qui existe entre Israël et l’Église.

L’avantage de ce travail est une belle et louable clarification des idées, souvent assez confuses, que nous avons sur ces événements. Alors que nombre de commentaires « théologisent » au point que l’on devient incapable de comprendre (avec nos mots tout simples) ce qu’ont vraiment vécu les témoins de cette irruption et quel salut ils en ont reçu, ici, au contraire, l’auteur ne quitte pas le sol des mots, il les analyse à partir de leur sens, en grec ou en hébreu, il en montre les différentes occurrences dans la Bible, sans oublier de les remettre dans leur contexte d’énonciation. Travail d’érudition mais surtout de discrétion qui ne vise pas à clore le sens sous sa propre science, mais à rendre le lecteur libre de ses choix.

Un mot sur ce beau titre, un peu énigmatique : Chambre haute. C’est le lieu où se sont réunis les Onze après l’« absentement » du Christ. Les références bibliques sur la chambre haute évoquent le lieu du cœur, du partage avec les frères, de la vie qui renaît après le deuil. Un lieu pour se refaire et s’ouvrir de nouveau à la vie.

Le résultat du travail de Dominique Cerbelaud est un livre de grande qualité, un travail de référence simple et d’une lecture extrêmement aisée, ce qui est le signe d’un talent pédagogique confirmé. Voilà un livre qui sera utile au lecteur des Actes, et plus largement à tout chrétien qui cherche l’intelligence de sa foi. Une aide précieuse aussi pour ceux qui ont à enseigner, prêcher et qui veulent aussi prier avec ces textes fondateurs. À mettre vite dans sa table de chevet.
 

Anne Soupa

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