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Cathos de gauche ou « génération François » ?

Isabelle de GAULMYN

Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien de Pierre-Louis Choquet, Anne Guillard et Jean-Victor Elie (les éditions de l’atelier, 2017)

Les cathos de gauche sont de retour. C’est ce qui vient à l’esprit à la vue de cet ouvrage, écrit par trois jeunes catholiques à la tête bien faite, Pierre-Louis Choquet, Anne Guillard et Jean-Victor Elie. Voici un livre qui plaide pour un « christianisme de l’inachèvement », écrivent-ils, c’est-à-dire qui se risque à la rencontre, ouvert à la discussion voire au compromis avec une société qui n’est plus chrétienne. Un christianisme « ici et maintenant » visant à lutter contre les inégalités, protéger la planète et accueillir les étrangers. Inquiets du succès de « La manif pour tous », les auteurs refusent de laisser le monopole du catholicisme aux tenants d’une conception qu’ils jugent « patrimoniale » et « identitaire » de la religion. Catholiques de gauche, donc ? Pas si simple. D’ailleurs, jamais dans l’ouvrage ils n’évoquent ce catholicisme des années 1970, dominé, au moins au plan intellectuel, par un engagement à gauche. Et pour cause : leur travail, loin de plagier les discours de ce temps-là, en diffère sur l’essentiel.

Tout d’abord, par l’absence totale de revendications sur l’institution Église. Alors que les années 1980 et 1990 avaient vu s’opposer deux visions ecclésiales – traditionalistes et progressistes –, les années post-« Manif pour tous » voient s’affronter deux visions politiques. L’urgence, pour ces jeunes auteurs, n’est pas la sacristie mais le monde où le christianisme a encore un rôle à jouer.

Deuxième différence, ces « jeunes cathos » brandissent la Bible, qu’ils connaissent remarquablement bien. Certains cathos de gauche des années 1970 avaient fini par oublier leur enracinement chrétien. Eux, au contraire, le proclament, le travaillent et c’est à partir de leur foi qu’ils prônent un engagement fort dans la société.

Enfin, ils se méfient d’un catholicisme qui se contenterait d’initiatives de terrain, si louables soient-elles. Ils revendiquent une action collective, pour jouer sur les mécanismes politiques de la société globale. Et s’ils se revendiquent clairement à gauche, l’analyse vaut pour tous ceux pour qui le christianisme appelle au « souci du monde », écrivent-ils, citant Laudato si’. Comme s’il s’agissait là moins du retour des cathos de gauche que de l’émergence d’une « génération pape François ».
 

Isabelle de Gaulmyn – La Croix du 31 octobre 2017.

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