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Cash investigations : les évêques jouent la chaise vide…

Élisabeth Saint-Pastou

À propos de l’émission de Cash investigation « Pédophilie dans l’Église : le poids du silence » – France 2, ce mardi ce mardi 21 mars – 21h.

Je trouve dommage que la Conférence des Évêques de France refuse de participer au débat de l'émission Cash Investigation de ce soir sur les affaires de pédophilie dans l'Église de France. Nos évêques sont souvent prompts à exprimer leurs désaccords avec la société voire à manifester bien visiblement dans la rue ou dans les médias sur la question de l'avortement, de la fin de vie ou contre le mariage pour tous, mais quand c'est eux qui sont pris à parti, ils semblent se défiler... Vraiment dommage, car cela donne quand même l'impression qu'ils ont quelque chose à cacher ou à se reprocher. 
Leur demande-t-on de se justifier ? Je ne crois pas... Par contre beaucoup attendent de l'institution qu'elle reconnaisse avoir commis des erreurs (on ne demande pas d'avoir tous les détails sur le plateau) et qu'elle tente depuis un an de faire autrement (donc aucune pression sur les résultats du changement, un an c'est court !)
Il me semble qu'il doit bien y avoir un représentant de l'Église formé à répondre à une interview de requin et à déjouer les pièges... Cela me paraît impensable que personne n'en soit capable... Mais c'est plus facile de les déjouer quand on est sincère et vrai et qu'on n'essaie pas de sauvegarder une image, comme peuvent le faire les politiques. Jésus ne s'est pas défendu devant Pilate, ni devant les juifs du Sanhédrin, mais par contre il était là, debout, donnant sa vie pour le Salut du Monde.
Comment les victimes peuvent-elles croire que l'Église institution prend en compte les souffrances qu'elles ont subies et souhaite réellement leur venir en aide ? La non-participation à cette émission me donne l'impression d'une Église qui s'intéresse plus à son image et à ses apparences (on ne pourrait pas se défendre et exposer toute la vérité devant les accusations des journalistes) qu'à la souffrance des victimes. Un véritable chrétien se doit de compatir à la souffrance des plus petits et de leur venir en aide comme le Christ nous y invite : « j'avais faim, j'avais soif, j'étais nu, j'étais malade, j'étais en prison... » (Matthieu 25, 36-41) ; c'est cela qu'il faut exprimer face à Élise Lucet et devant la France entière. Et reconnaître que l'Église des hommes a effectivement commis des erreurs, fait des mauvais choix ou fermé les yeux dans de nombreux cas. Est-ce si terrible ? Quel est le risque ? Perdre une image de sainteté ou de crédibilité ? C'est déjà fait depuis longtemps... Personne n'est dupe. Devoir réparation aux victimes ? C'est peut-être là que le bât blesse, car réparer en justice, c'est aussi payer, au sens propre et au figuré...
Je voulais aussi rajouter que je trouve incroyable qu'une Église-institution composée quasi uniquement de prêtres (car évêque, cardinal ou pape, on reste prêtre) qui nous invitent dans la confession à reconnaître et dévoiler nos misères et nos fautes à haute voix, certes devant Dieu, mais quand même concrètement devant eux, soit incapable de reconnaître publiquement ses erreurs. En réalité je pardonne de tout cœur à ces prêtres leurs erreurs, et même leurs fautes, mais je n'arrive pas à accueillir sereinement qu'ils refusent de les reconnaître. Cela provoque un mélange de tristesse et de colère en moi. Soit c'est de l'ordre de l'orgueil, soit c'est de l'ordre du déni ou de la dénégation, et dans les deux cas c'est un peu inquiétant pour des hommes censés nous guider sur le chemin de la foi et nous aider à grandir...
Si nous sommes l'Église Corps du Christ, qui avons choisi de marcher dans Ses pas, pourquoi aurions-nous peur d'être défigurés et mis à mort, de nous mettre à nu et de perdre notre dignité ? Le Christ n'a-t-il pas libéré le monde en mourant avec amour sur la Croix aux yeux de tous, comme un criminel, et non choisissant de sauver sa vie ou de sauvegarder une quelconque apparence ? Et Lui, il était totalement innocent, ce qui n'est pas le cas d'une Église faite d'hommes (et de femmes !) tous pécheurs...


Élisabeth Saint-Pastou

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