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Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc MARION
http://img.over-blog-kiwi.com/0/93/15/21/20170602/ob_787b85_breve-apologie-pourLe blog de Robin Guilloux
Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion de l’Académie française, Grasset 2017, 128 p, 15.00 €, livre numérique : 10.99 €

Voilà un ouvrage bienvenu en ce temps de disponibilité estivale ! Sa modeste taille (124 p.) et l’accessibilité de l’écriture en permettent une lecture aisée, tandis que l’actualité du propos s’avère bien essentielle ! Un paradoxe à souligner et qui ne déplaira pas à son auteur, lui qui, dans ce livre-essai, met cette notion au cœur de sa réflexion : le paradoxe, dit-il, « se borne à énoncer une vérité inattendue », il n’est  pas à craindre car « il nous arrache à la rumeur qui nous empêche de savoir ce que nous pensons et surtout de penser ce que nous disons ». Proche de Lustiger dont il fit l’éloge sous la coupole, Jean-Luc Marion est philosophe, spécialiste de Descartes et de théologie chrétienne, professeur émérite à la Sorbonne et enseignant à l’université de Chicago. S’avançant sans équivoque comme chrétien, employant un « nous » qui fait communauté, il s’attache à dénoncer bien des assertions, des fantasmes concernant les chrétiens en général et les catholiques en particulier considérés à tort comme uniformes alors qu’ils sont riches de leurs diversités. À partir de quoi, l’auteur ouvre largement les questions que ces derniers peuvent se poser, qui peuvent leur être posées.

Trois idées forces constituent le corps de l’ouvrage :

-L’idée que les chrétiens ont à reprendre, repenser la façon dont ils conçoivent leur rapport à l’engagement politique qui s’est si longtemps cantonné à passer alliance ou avec la droite ou avec la gauche ;

-La question dite de « la laïcité », concept confus à remplacer par la notion de « séparation » conformément au texte de la loi de 1905 : l’État est religieusement neutre – et c’est une bonne chose – puisque la société, dans les faits, est religieuse : cela ne peut donc être vivable, tolérable pour cette dernière que si l’État ne se considère pas comme juge et partie ;

-La question du moment catholique aujourd’hui, puisque « catholique » veut dire universel en grec. Que la République puisse garantir ses fondements de Liberté, c’est effectivement la réalité en France, d’Égalité, c’est plus difficile, de Fraternité plus problématique  encore. C’est alors qu’intervient pour J-L Marion, et à bon escient, le concept de « Bien commun » qui, peut-on noter, fait d’ailleurs écho à « la maison commune » qu’est notre terre évoquée par le Pape François dans Laudato si. En effet poursuit le philosophe, alors que dans la cadre de la démocratie parlementaire qui est nôtre, un accord se fait toujours par compromis en vue de l’intérêt général, c’est l’intérêt de l’universel lui-même qui définit le bien commun : en tant que tel, et dans sa radicalité, il s’agit en effet d’un bien qui contredit tous les biens particuliers, comme c’est le cas pour la crise climatique par exemple.

C’est alors « le moment » – momentum ayant un sens temporel mais aussi physique d’élan – d’évoquer enfin l’appel individuel fait aux chrétiens qui, grâce à leur foi, leur culture, leurs engagements associatifs, sont riches de forces à libérer, à mettre au service de la société, pour une « communion nationale » : un supplément d’âme à la fraternité par exemple, et à condition que l’Église se change, sans changer sa source et ce, pas forcément à coups de réformes. Encore que… pourrions nous dire quant à nous, membres de la CCBF, pour qui « Ni partir, ni se taire » rejoint fort à propos cet appel, « pavé dans la bataille culturelle » lancé par J-L Marion . Et l’ouvrage au titre un tant soit peu énigmatique au départ, de trouver dans ce message sa fécondité…

Voilà une lecture stimulante, celle d’un auteur moderne qui, au fil du texte, ne se prive pas de rappeler ici et là l’étymologie de certains concepts, clarifiant ainsi bien des notions, telle celle de « crise » riche de dynamisme, ou déboutant celle de « valeurs » si vide de sens alors qu’elle émaille tant de discours actuels… De plus, l’ouvrage est jalonné de références chères à l’écrivain, allant du nihilisme de Nietzsche certes, mais aussi passant par Diogène, Tertullien, Pascal, Péguy, Bernanos, Chateaubriand ou… Mallarmé !

C’est enfin une lecture qui se prête aussi à l’échange, à la disputatio, à la confrontation voire la controverse, puisque ce propos est heureusement loin d’être consensuel ! 

Marie-Madeleine Jacquet

 

 

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