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« Bon Livre » n°10, octobre 2016. Jean Birnbaum, Un silence religieux – La gauche face au djihadisme

Estelle Roure

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°10, octobre 2016

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les douze « bons livres » proposés par la Conférence.

Jean Birnbaum, Un silence religieux – La gauche face au djihadisme

Éditions du Seuil – janvier 2016 – 240 pages – 17 €

Cet essai politique vaut vraiment la peine d’être lu en ces temps où le terrorisme frappe durement notre pays. Le livre se penche sur les raisons qui empêchent la gauche de prendre l’islamisme au sérieux. Et Jean Birnbaum s’insurge contre les « ce n’est pas l’islam » ou « ce ne sont pas des musulmans » lorsque l’on parle des attentats faits au nom de l’islam.

Pour lui, ces personnes sont bien musulmanes, d’une dérive extrême certes, mais elles le sont. Et le nier, c’est nier le phénomène religieux qui pousse ces gens à passer à l’acte, et c’est aussi nier le travail des théologiens musulmans et ces imams qui vivent un islam modéré et dénoncent les dérives extrémistes. Il est incohérent de dire « ces personnes ne sont pas musulmanes » et en même temps de demander aux musulmans de clamer haut et fort que leur islam n’est pas celui des terroristes.

En bref, l’auteur démontre que la gauche a toujours voulu présenter la religion comme la somme de phénomènes économiques ou sociaux et non pour ce qu’elle est. Par exemple, on va tenter de démontrer que tel terroriste venait d’un quartier défavorisé, qu’il était délinquant et qu’en prison… Le phénomène religieux a été caché sous le tapis pendant des années parce que pour la gauche depuis les Lumières et surtout depuis Marx, « l’opium du peuple » serait consommé par des personnes religieuses qui refusent la modernité et la science.

L’auteur se penche également sur l’aveuglement de la gauche face aux phénomènes islamistes pendant la guerre d’Algérie et pendant la révolution iranienne. Il montre que la révolte religieuse a été écartée des esprits pour ne plus y voir que des luttes de libération contre un impérialisme ou un système politique.

Bref, la gauche n’a jamais évalué la montée islamiste comme une force politique à part entière mue par des idéaux qui se basent sur des absolus religieux.

Au-delà de l’analyse propre à l’islam et à sa dérive islamiste, l’éclairage de ce livre colle avec tout ce qui bloque dans la société française et qui n’est pas seulement propre à la gauche et à l’islam.

En conclusion, fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne pas voir et entendre le phénomène religieux, c’est passer à côté d’une composante tout de même essentielle dans notre société.

 

Estelle Roure

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Livres sélectionnés et le prix littéraire 2016
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