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« Bon Livre » 2019 n°2, Martin Steffens, L’éternité reçue

Joël AGAISSE
L’éternité reçue

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°2, 2019

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les « bons livres » proposés par la Conférence.

Martin Steffens, L’éternité reçue
Éditions Desclée de Brouwer – octobre 2017 – 245 pages – 18,90€

Dès l’introduction, l'auteur précise son idée-force en citant Etty Hillesum : « En excluant la mort de sa vie, on se prive d'une vie complète ; et en l'y accueillant, on élargit et on enrichit sa vie », et d'appeler à la rescousse – et ce tout au long du livre – Rilke, Kierkegaard, Simone Weil et... Nietzsche ! Admettre cette idée ne va pas de soi, c'est le fruit d'un long processus de désappropriation du moi, processus décrit magistralement en quatre phases : vivre d'abord, mourir parfois, mourir, ressusciter.

« Vivre d'abord » parce que, quelque dépit qu'on en ait, « notre expérience du monde est duale et irréconciliable : entre le bien et le mal, la vie et la mort... » et que nous sommes faits pour la vie et que « dès lors que l'on pense la mort autrement que comme un scandale, on profane la vie ! ». Exit alors toutes les philosophies de la sagesse consolatrice, de l'indifférence ou de la résignation. Ainsi sont affirmés la primauté et le prix de la vie.

« Mourir parfois » ? En effet chaque fois que ma vie rencontre une impossibilité, elle est appelée à « mourir à ». Surtout, sauf à souffrir de la solitude, il me faut faire une place à l'autre : « M'ouvrir à toi pour te faire mien, c'est mourir à toi comme m'appartenant. » Sous cet angle de perception de la relation, équilibrée entre deux entités libres, l'amour est une croix dans la mesure où il implique un renoncement à la toute-puissance : n'être pas tout, c'est me réjouir que tu sois pour moi et moi pour toi. Suit tout un développement sur la mise à distance – laquelle permet la relation, elle-même possible si, et seulement si, il y a des limites à ma toute puissance, d'où le consentement à des « petites morts » ; et laquelle est liberté – jusqu'à n'être plus qu'ouverture, c’est à dire amour (S. Weil), comme consentement à mes propres renoncements.

Et ainsi de suite, le troisième acte étant l'acceptation pure et simple de la mort biologique, soit de l'anéantissement du moi, pour pouvoir ressusciter.

Ainsi sommes-nous menés, avec maestria, sur le chemin parfois difficile à suivre, d'une approche très originale de la problématique « vie-mort-résurrection » : en définitive, c'est en renonçant à la vie dans ce qu'elle a de prétention à la maitrise d'elle-même qu'on entre dans sa véritable dynamique et qu'on la reçoit en plénitude !

Voilà un splendide hymne à l'amour qui mérite absolument d'être lu et... médité !
 

Joël Agaisse

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