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« Bon Livre » 2017 n°7, mai 2017. Marion Muller-Colard, L’intranquillité

Claude Lauriot PRÉVOST

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°7, mai 2017

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les douze « bons livres » proposés par la Conférence.

Marion Muller-Colard, L’intranquillité

Éditions Bayard – octobre 2016 – 107 pages – 14.90 €

L’intranquillité : un mot un peu inquiétant mais qui, selon l’auteure, est la trame de la vie, le compagnon de toutes nos heures, un état intérieur propre à tout homme à l’écoute de son destin.

Dès sa sortie du ventre de sa mère, l’enfant découvre un monde terrifiant, rempli de bruits suscitant l’angoisse et la peur de ce mal-être récurrent qu’est la faim.
L’existence est un jouet curieux que nous recevons en venant au monde et dont il va falloir s’accommoder. 
Puis vient l’enfance et sa turbulence presque toujours réprimandée par un « Tiens-toi tranquille » qui risque de compromettre le bon développement de l’enfant. Car exiger la tranquillité, c’est fermer la porte à l’intranquillité, source de créativité et de croissance.
Les contes illustrent bien notre propos. Tout commence d’une façon banale, les héros sont comme tout le monde, leur vie est simple. Mais survient une difficulté impromptue et commence alors la vraie vie, avec l’entrée en scène de l’intranquillité.
Pour les adultes, la vie moderne tente de combattre l’intranquillité, en offrant toutes sortes de remèdes miracles pour apaiser leurs angoisses et tenter de leur faire croire qu’ils sont le centre du monde. C’est une fausse route, car compte plus que tout la rencontre avec les autres. Mais cette rencontre ouvre les yeux et la porte à l’intranquillité. Car nous voulons tout contrôler et l’autre introduit dans notre vie le questionnement et la perte de contrôle de nos certitudes.

La Vierge Marie est, elle aussi, touchée par l’intranquillité. Promise à un jeune homme de son entourage, son avenir est tout tracé. Mais l’inédit fait irruption dans sa vie : l’Annonciation. Et avec elle, un vertige d’inquiétude pour sa vie entière.
L’auteure nous parle alors de Jésus et des évangiles. Le Christ ne nous promet pas l’évitement du risque, lui qui a vécu l’intranquillité à son extrême. Il rencontre tous les autres, avec leurs problèmes, leurs angoisses, leurs maladies, et les partage. Jésus est l’Intranquille par excellence.

Ce petit livre est riche d’enseignements sur nous mêmes. De plus il est très bien écrit, facile et agréable à lire. Et nous laisse plutôt en paix avec nos contradictions et un peu moins intranquilles. Mais il ne faut pas pour autant oublier ceux pour qui l’intranquillité n’envahit pas leur vie. Et ne pas les prendre pour des optimistes béats, mais plutôt les comparer au petit homme de Bachelard « qui marche dans la vie comme un enfant joyeux, pour qui tout est lumière, à l’exception de soi ».
 

Claude Lauriot Prévost

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Livres du mois de l’année (2017)
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