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« Bon Livre » 2017 n°11, novembre 2017 : A. Siniakov, Comme l’éclair part de l’Orient.

Monique HÉBRARD
Éditions Salvator

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°11, novembre 2017

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les douze « bons livres » proposés par la Conférence.

Alexandre Siniakov, Comme l’éclair part de l’Orient. Itinéraire d’un pèlerin russe.

Éditions Salvador – août 2017 – 196 pages – 18,90€

Quel parcours hors du commun et lumineux que celui de ce prêtre orthodoxe de 36 ans qui a fondé le séminaire orthodoxe de Paris (à Épinay-sous-Sénart), dont il est directeur !

Dans l’univers froid, minéral, productiviste et pollué d’un sovkhoze de 2500 personnes, l’enfant s’évade en contemplant le ciel étoilé, avec ses animaux, puis par les langues (latin, slavon, anglais, allemand, français, turc), et enfin par la littérature classique. À 12 ans, grâce à la complicité de la bibliothécaire du sovkhoze, il a accès à des livres interdits (Dostoïevski, la littérature française et anglaise) et y découvre les mots Dieu, starets, fol en Christ. « Ce fut mon premier monastère… en découvrant la littérature, j’entrais en religion. »

Baptisé, servant d’autel, s’éveille en lui le désir d’entrer dans un monastère et de rompre avec le passé communiste qui « fut la parodie et la dérision du Royaume des cieux. »

Son rêve d’aller en France se réalise en 1998 grâce au père André Gouzes qui avait promis de financer les études d’un séminariste russe en France. Il logera chez les dominicains de Toulouse, et poursuivra des études à Paris, Louvain, Cambridge, Vienne, St Serge et à l’École Pratique des Hautes Etudes. Puis le Patriarche Kirill lui confie la création d’un séminaire orthodoxe à Paris.

Ce livre est un témoignage passionnant à plusieurs titres : vie dans un sovkhoze ; petite histoire de sa communauté de cosaques nekrassoviens, descendant des cosaques du Don, refugiés en Turquie puis expulsés en 1960 et qui reconstitue une communauté de « vieux croyants » dans ce sovkhoze ; complexité des différentes branches de l’orthodoxie…

Mais le plus impressionnant est la grande liberté intérieure née au cœur de l’emprisonnement extérieur, et d’une exceptionnelle conscience de l’unité des chrétiens née au cœur de tous ces courants culturels et religieux qu’il reçoit. « L’apprentissage des langues a été comme une Pentecôte abolissant les frontières créées par les hommes. » « Aucune Église n’est légataire universelle de la communauté des Apôtres. »

Son ecclésiologie fera écho chez beaucoup de catholiques : il fustige les enfermements dans des rites figés, le cléricalisme « dévoiement hiérarchique », « la confusion entre Église et clergé [qui] est une absurdité », pour prôner « l’égalité de tous les ministères », et l’Église « communauté d’amis ». Quant à la tradition, elle ne doit pas être une idole : elle est une icône du visage du Christ et elle est d’abord l’Écriture reçue des Apôtres qui peut évoluer avec les époques. Que les chrétiens ne soient pas des zélotes de la foi. Le seul véritable zèle est celui de l’amour. Dieu n’a pas besoin de soldats pour combattre la vérité d’autrui mais de cœurs remplis de l’amour du prochain.
 

Monique Hébrard

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