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Le baptême, un projet de vie

Jo BOCK
Christ en bois polychrome du XIIe siècle - église d'Aubin (Aveyron)
Christ en bois polychrome du XIIe siècle - église d'Aubin (Aveyron) - M. Charon

Quand l’Église va-t-elle enfin changer ? Qui parviendra à la faire évoluer ? Le pape François a abordé ces questions, lorsqu’il a sévèrement condamné le cléricalisme, et qu’il a proposé de « renverser la pyramide », pour que les prêtres soient au service des laïcs et non l’inverse. Deux associations mondiales de laïcs se sont donné le même objectif : réformer l’Église [1]. De son côté, la Conférence épiscopale brésilienne est en train d’organiser, de novembre 2017 à novembre 2018, une Année du Laïcat, afin d’« approfondir l’identité, la vocation, la spiritualité et la mission des laïcs », et pour que « l’Église ne soit plus centrée sur elle-même mais sur les chrétiens engagés dans le monde... » Les deux associations internationales de laïcs y participeront pleinement.
C’est dans ce contexte, et stimulé par la Conférence catholique des Baptisé-e-s francophones (CCBF), qu’il m’a été donné d’approfondir le vécu de mon propre baptême, et de réfléchir : comment le fait de vivre les diverses potentialités du baptême est-il une réponse exhaustive à l’appel de Jésus dans l’Évangile et, par conséquent, le fondement de l’Église, Communauté des communautés de chrétiens.

Médecin du monde
Né à la frontière franco-allemande, j’ai très tôt été sensible à la problématique de la paix. Ensuite, dans mes activités professionnelles, il m’a été donné d’agir, tour à tour, dans différents domaines. À Bruxelles, j’ai organisé des débats dans le but de rapprocher des Hutus et des Tutsis. Il m’a aussi été donné de mener des projets de développement, notamment en Afrique. Ensuite, en tant que secrétaire de Kairos Europe, j’ai contribué à lutter contre l’apartheid social sur notre continent. À Kairos Wallonie-Bruxelles, où notre slogan est : « Pas de justice sociale sans justice fiscale », nous continuons ce travail tant au niveau national qu’à l’international… Plus généralement, tout travail est un service à la société, grâce auquel nous sommes tantôt co-créateurs, tantôt décorateurs, tantôt guérisseurs de la planète.
Grâce au baptême, les chrétiens sont appelés à être des médecins du monde.

Journaliste d’investigation
De nature plutôt optimiste, j’ai de plus en plus pris conscience des petites merveilles quotidiennes, des recommencements, des nouveaux départs, des valeurs humaines vécues « jusqu’au bout », de la créativité des artisans et des artistes, des progrès de la médecine, des avancées de l’informatique, des luttes persévérantes pour la justice, notamment par les syndicalistes du tiers-monde. Dans plusieurs professions, on prend des risques, jusqu’à risquer sa propre vie pour le bien de l’ensemble. Et je m’émerveille devant la réconciliation franco-allemande, devant la difficile mais prometteuse construction européenne, devant ce que j’appelle des « résurrections au quotidien ». Il y a tant de merveilles à repérer et à mettre en valeur ! Pendant des années, j’ai moi-même publié chaque mois une litanie, justement appelée l’Autre Journal, des nouvelles positives vécues en Belgique, en Europe et dans le monde. À chacun d’entre nous de faire effort pour repérer le positif dans nos conversations quotidiennes, dans les infos données par les médias, dans les différents projets politiques… et même dans les critiques et les contestations.
Par le baptême, nous devenons des journalistes d’investigation, des bien-voyants, des diffuseurs d’optimisme.

Célébrant
Faut-il continuer à multiplier les messes ? Toute célébration ne devrait-elle pas être, avant tout, une action de grâces, y compris un enterrement ? Parce que toute vie est pleine de merveilles. En effet, souvent nous nous réjouissons des bons mots d’un enfant, nous admirons ses efforts : « C’est magnifique, ce que tu fais là. » Dans un moment de calme et de plénitude, il nous arrive de nous extasier : « C’est divin ! »… Autant  d’émerveillements qui ne sont pas loin du chemin de Jésus : « Je te rends grâce, Père, d’avoir révélé cela aux petits. » À tout moment, et quel que soit notre état, nous pouvons ouvrir les yeux du cœur, et reconnaître le Grand Bienfaiteur. Les psaumes 145 et sv., le Magnificat et, entre autres, St François d’Assise nous invitent à louer sans cesse... Et le mal ? Et les horreurs actuelles ? Pour moi, tout mal est un appel à engagement… Ces moments d’exaltation personnelle prépareront, alimenteront l’eucharistie collective, qui deviendra une fête de bonheur partagé, un festin de communions.
Grâce au baptême, nous sommes naturellement prêtres, des eucharistiants perpétuels.

Médecins du monde (« roi »), journalistes d’investigation (« prophète »), et célébrants (« prêtre »), nous sommes parfaitement équipés pour poursuivre l’action de Jésus de Nazareth : développer la création, découvrir l’incarnation jusque dans les moindres fibres des réalités humaines, et faire tout remonter à la gloire du Père, notamment si nous agissons collectivement, en communauté chrétienne. En effet, le baptême, qui nous fait membres du Corps et du Mouvement de Jésus, n’est-il pas la source et le dynamisme de notre projet de vie, le fondement de toute communauté, et le roc sur lequel refonder une Église égalitaire et participative, pour le réenchantement du monde ?
 

Jo Bock (jo@bock.fr) – 10.04.2017
 

[1]     La Catholic Coalition for Church Reform International (CCRI) s’adresse surtout aux cardinaux et aux évêques, « pour que l’Église rayonne l’essentiel de l’enseignement de Jésus, à savoir une égalité parfaite, une inclusivité radicale et un amour qui transforme le monde ». Pour sa part, Global Council Network (antérieurement « Concile 50 ») se fonde davantage sur la coopération et le renforcement des communautés de base pour atteindre le même objectif. La CCBF collabore avec cette dernière. Voir http://www.catholicchurchreform.com ; http://www.globalcouncilnetwork.org ; http://www.baptises.fr

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