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Aumônerie hospitalière

Gérard DUPONT
Malade à l'hôpital
© CC0 Domaine public


Il reste peu de prêtres pour suivre les personnes hospitalisées de façon régulière. Comme pour les cérémonies funéraires, ce sont de plus en plus des laïcs baptisés qui assurent cette mission.
Comment se passe la coordination entre eux et les prêtres chargés de ce secteur ? C'est ce que souhaite approfondir la CCBF.

Un petit groupe de membres de la Conférence (trois hommes et une femme de diocèses différents) impliqués dans cette action ont échangé sur leur vécu et vous présentent ce qu'ils ressentent. J'en fais partie et j'ai rencontré également deux aumôniers en mission carcérale, l'un prêtre, l'autre musulman.
Nous avons échangé sur nos missions, la possibilité de « 'mieux faire » à la rencontre de nos frères et sœurs hospitalisés. Il semble que nous sommes tous bien suivis et intégrés dans les structures d’Église et administratives concernées, dans un esprit d'échange et de dialogue. Mais la coordination pourrait encore s'améliorer.

Ce qui nous interroge : la lente et irréversible évolution du milieu dans lequel nous exerçons notre apostolat.
Parmi ceux que nous visitons, malades en soins post opératoires ou en fin de vie, nous rencontrons de moins en moins de gens qui auront eu dans leur jeunesse une formation religieuse. Les catholiques pratiquants demandeurs de sacrements sont de plus en plus rares. Tous, sauf rares exceptions, sont cependant contents de nous rencontrer, certains étonnés de constater qu'un service d'aumônerie existe encore. Ils ont besoin de cet échange en fraternité qui les relie les uns aux autres et avec le monde des bien portants.
Pour l'ensemble du service hospitalier, que de distance entre « l'hôtel Dieu » et les derniers grands hôpitaux régionaux ! Il se passe aussi dans le milieu hospitalier une sécularisation généralisée qui remplace le bénévolat matériel et spirituel. Nous allons vers la fin de la visite généralisée pour une visite uniquement sur demande de l'hospitalisé. Par ailleurs du personnel formé (psychologues, intervenants en soins palliatifs, assistances diverses…) suit le malade. Il va nous falloir inventer, innover pour continuer d'assurer notre présence.
Depuis janvier, dans notre petit hôpital de campagne, nous n'avons plus de listes nominatives mais uniquement une indication de changement d'occupants avec les numéros des chambres. Mais nous pouvons encore aller partout et avons su nous adapter.

Comment répondre à la question : qu'est-ce que les malades attendent de nous ?
D'abord une écoute et une présence. Nous sommes en terre de mission au XXIe siècle. Il faut tout simplement les retrouver là où ils sont puis, si nous en avons le temps, commencer à les accompagner dans la découverte de l'amour avec l'exemple de Jésus notre grand frère. Passer progressivement d'une spiritualité laïque à une spiritualité chrétienne par un humanisme évangélique. Ce n'est pas à nous de convertir, mais de semer.

Ce qui nous semble possible à notre niveau comme amélioration
Revoir le sens de notre démarche : plutôt que de rendre visite à un hospitalisé, aller à sa rencontre. C'est une grande différence, dès la façon de se présenter, en rentrant pour la première fois dans une chambre occupée par un inconnu. Nous sommes ainsi deux humains au même niveau et cela permet de remettre la personne au centre sans la réduire à son état de santé.
Améliorer autour du malade notre relationnel dans sa dimension sociétale. Essayer d'entrer en relation avec l'ensemble des services hospitaliers que nous croisons sans pour autant nous faire récupérer.
Savoir passer le relais vers la maison de retraite, le suivi à domicile, le prêtre.
Oser témoigner sans fausse modestie en nous rendant plus visibles à notre entourage personnel, aux familles des malades, à la paroisse, aux autres services et mouvements catholiques.

Améliorer la communication.
N'ayons pas peur. Ne restons pas dans l'immobilisme d'une croyance figée. Nous pouvons personnaliser nos interventions quand nous visitons des frères et sœurs qui nous demandent de les aider spirituellement. Sachons apporter à ceux que nous visitons cette indispensable écoute attentive avec en plus ce « je ne sais quoi » de tendresse et d'amitié. Peu demandent le sacrement de réconciliation et l'onction avec l'huile sainte, ou ils le font trop tard. Mais il semble qu’en l’adaptant à chaque cas, en union avec le malade, nous puissions exprimer la prière qu'il attend : prière de bénédiction, d'accompagnement, de recommandation à Dieu, avec un signe sur son front.
Quand les sacrements sont demandés, nous ne pouvons pas – à juste titre – remplacer le ministère ordonné. Il est normal et indispensable de travailler en liaison avec l’Église que nous représentons et la paroisse. Mais pourquoi se fait-il que nous ne soyons pas toujours avertis de la présence du prêtre portant l'onction à un malade, surtout si nous avions l'habitude de le visiter ? La présence pour le malade (en dehors du sacrement de réconciliation) d'un membre de la communauté du peuple des baptisés me semble un signe important, pour lui comme pour nous.
Nous sommes Église. Ensemble, clercs et laïcs, pour transmettre la bonne nouvelle en nous adaptant à la lente mais irrésistible évolution. La valeur prioritaire pour Dieu, c'est le respect de la personne.
Sachons appliquer pour nous-mêmes en terre de mission cette citation dans l'esprit de la Conférence, qui résume en deux lignes tout ce rapport :
« Un bon prêtre n'est pas quelqu'un qui pense à la place des autres, mais qui permet à chacun d'accéder à sa propre liberté spirituelle. » (Mgr de Moulins Beaufort, in La Croix du Jeudi 30 août 2018)                                          '

Questions complémentaires sur lesquelles la CCBF pourrait réfléchir face aux évolutions de la sécularisation :
1- Faut-il « revisiter » les sacrements, notamment en l'absence de prêtres. La question se pose pour l'onction des malades avec le signe de l'huile sainte en milieu hospitalier.
On pourrait évoquer la communion avec des hosties précédemment consacrées dans une célébration sans messe, en maison de retraite, lors de cérémonies funéraires, voir des célébrations dominicales où il n'y a plus de prêtres.
2- Comment répondre aux directeurs d'hôpitaux qui, soucieux du respect de la laïcité, ne nous laisseront plus entrer que chez les hospitalisés qui le demanderont selon leur religion respective, et qui souhaitent une aumônerie multiconfessionnelle ?
Nous aimerions que ce rapport soit transmis notamment à la personne responsable de ce sujet auprès de la conférence des évêques.
 

Gérard Dupont – Septembre 2018

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