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Aller au désert

Anne-Joëlle PHILIPPART

Dimanche 18 février 2018 – 1er dimanche du Carême – Gn 9, 8-15 ; 1P 3, 18-22 ; Mc 1, 12-15

Et zut, nous voici de nouveau dans le carême… dans cette période que notre imaginaire voit comme un peu sombre, parsemée de sacrifices et de confessions « face au curé qui dans la lumière grise ferme les yeux pour mieux nous pardonner… » (J. Brel). Mais d’où cela vient-il ? J’ai beau lire et relire les textes de ce dimanche, je n’en vois pas de trace. Au contraire, je trouve que s’en dégage plutôt une sorte de paix intérieure, une conviction profonde qu’on n’est pas seul.e au monde…

Dans ce texte tiré du livre de la Genèse, Dieu fait alliance avec tous les êtres vivants, sans exception. Cette alliance traverse ensuite toute la Bible avec une constante qui, comme un refrain, chante un Dieu attentif, comme une mère, nous invitant à l’audace de la non-violence et de la coopération. La poésie du texte est charmante quand chaque arc-en-ciel devient la mémoire d’une main tendue de Dieu vers l’humanité, un clin d’œil aux mille couleurs.

L’épitre de Pierre parle de patience de Dieu, de libération et d’appel à s’engager, sans détour, soutenu par notre baptême. Dans ce premier sacrement, l’humain dit oui à la grâce de Dieu et s’ouvre, dès lors, à tous les autres sacrements, chacun de ceux-ci œuvrant alors comme autant de nouvelles occasions d’être touché.e par le don de Dieu et d’être désaltéré.e à la source d’eau jaillissant pour la vie éternelle (Jn 3, 10.14)

Confiant.e.s dans la présence de Dieu, soutenu.e.s par ses dons, nous sentant accompagné.e.s et aimé.e.s, nous pouvons, comme Jésus, nous laisser pousser au désert et vivre ce face à face avec nous-mêmes, cette prise de distance en solitaire si nécessaire à toute évolution.

Qui n’a jamais eu envie de pousser sur le bouton « pause » du film de sa vie et de respirer, de jeter l’ancre, de réfléchir ? Le passage au désert devient un luxe mais aussi une bénédiction, une nécessité vitale au risque de se perdre. Ce moment de solitude et de silence permet ainsi de repartir… mais bien souvent autrement. C’est peut-être cela qui fait peur… Aller au désert, entouré.e.s des anges et des bêtes sauvages, c’est un peu aussi comme nous aventurer à la rencontre de notre intériorité forte, sauvage, conservée, intacte, notre source vraie. Que de surprises parfois. Accrochons-nous !

Aller au désert devient donc comme un cadeau de la tradition catholique mais aussi de la plupart des religions et des spiritualités. 40 jours à l’écoute de Dieu mais aussi des messagers impromptus qui traversent nos vies et délivrent une phrase, un conseil, une sagesse qui résonne et prend soudain sens, 40 jours pour se recentrer, rechercher un fil conducteur, 40 jours par an pour donner du sens aux 325 autres jours.

Entre les boules de Noel et les œufs de Pâques, je nous souhaite un beau désert de carême. Ouf, on va faire une pause.
 

Anne-Joëlle Philippart

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