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« Agapons-nous » les uns les autres !

Michel MENVIELLE
Vigne taillée en corbeille, Domaine CALA, Brignoles, cl..LM

Dimanche 29 avril 2018 – 5e dimanche de Pâques – 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8 –
 
Jésus nous propose une métaphore. Il est la vigne, son père est le vigneron. Lorsqu’il taille sa vigne, il enlève les sarments qui ne portent pas de fruit en Jésus et émonde ceux qui en portent, pour qu’ils fructifient davantage. Ainsi, celui qui demeure en Jésus et en qui Jésus demeure porte du fruit.
Je ne connais rien au monde de la vigne. J’ai donc interrogé un ami vigneron. Il m’a expliqué que tailler la vigne est un geste essentiel du vigneron pour sa vigne, afin qu’elle soit en bonne santé, qu’elle produise des fruits plus gros et plus savoureux grâce à une répartition harmonieuse de la sève entre toutes ses branches, ou sarments. Et qu’elle soit belle à regarder. Chaque pied de vigne, ou cep, est différent : la taille doit être adaptée, et effectuée avec intelligence et sensibilité. Une vigne qui n’est pas taillée produit en faible quantité des raisins avec des grains petits, acides et peu sucrés.
La taille s’inscrit donc dans une dynamique de vie, de fécondité et de bienveillance, en écho au verset 2 : « tout sarment portant du fruit il l’émonde afin qu’il porte des fruits plus-nombreux ». L’émondage des sarments s’inscrit dans cette dynamique. Alors, de quoi les sarments jetés dehors et brûlés sont-ils la métaphore, dans un contexte qui n’est pas celui d’un « jugement dernier » ?
En grec comme en français, « vigne » peut désigner soit la plante, la vigne, soit le terrain où elle est cultivée, le vignoble ; de même le mot grec « klema », toujours traduit par « sarment » dans ces versets, peut aussi désigner le cep. Ces métonymies m’ont ouvert le texte. Les sarments pourraient ainsi être soit métaphores des disciples, qui demeurent en Jésus et en qui il demeure mystérieusement (ils sont pieds de vigne dans le vignoble), soit métaphores de ce que les disciples « produisent » (actions, pensées, etc.) tout au long de leur vie.
Jésus invite ses disciples, présents et à venir, à évaluer avec bienveillance leurs pensées et leurs actes, à purifier ce qui est fécond et à écarter ce qui ne l’est pas. Il les invite à demeurer en lui, avec l’aide de son Père : purifiés grâce à la parole qu’il leur a dite, ils porteront du fruit s’ils gardent son enseignement et agissent selon lui ; sinon, tels des sarments secs jetés hors du vignoble, ils ne porteront pas de fruit. Dans son épitre, Jean explicite l’objectif eschatologique vers lequel Jésus propose ainsi de cheminer : pratiquer entre eux un amour (agapé : le grec dispose de quatre mots pour désigner des nuances de l’amour. agapé utilisé ici désigne un sentiment différent de l’amour entre époux, de la passion et de l’amitié) à l’image du sien. Lien étroit entre la vie spirituelle, tournée vers Jésus, et la vie sociale fondée sur la mise en pratique de son enseignement.
Son Père est le vigneron. La métaphore est également promesse. Les disciples sont accompagnés dans le travail de purification auquel Jésus les appelle : ceux qui mettent en pratique son enseignement apprennent à connaître sa présence mystérieuse – et celle, en lui, de son Père – parmi eux et en eux.
 
Michel Menvielle
 

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