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Accueillir, écouter les migrants – Un partage d’humanité

Geneviève LE HIR

Patrice Sauvage, Réseau Chrétien-Immigrés, Accueillir, écouter les migrants – Un partage d’humanité (Préface de frère Alois, prieur de Taizé)

Éditions franciscaines – juin 2017 – 146 pages – 9,50€

Pas de grandes théories, dans ce petit ouvrage ; pas de polémiques ni de pompeuses déclarations d’intention sur la « question des immigrés ». Mais du réel, la relation précise de ce qui s’est vécu et se vit dans une région rurale, au sein d’un doyenné, autour des villes de Tournus et de Cluny, pour accompagner des déboutés du droit d’asile ; ou à Paris, dans des paroisses impliquées dans l’accueil et le soutien des étrangers sans papiers. Et l’on voit des chrétiens à l’œuvre. Et l’on voit que s’il y faut toute sa bonne volonté et son désir de suivre Jésus dans l’esprit de la parabole du Jugement dernier qui enjoint d’accueillir l’étranger auquel le Christ s’est identifié (Mt 25), il faut aussi du savoir-faire et l’appui de structures compétentes et organisées autour de ces projets d’accueil.

Patrice Sauvage, diacre et théologien, aumônier du Secours Catholique en Saône et Loire, très impliqué dans la démarche de Diaconia, est responsable de l’Équipe Solidarité du Mâconnais. Il nous montre comment toute une dynamique fraternelle a pu naître, épaulée par de structures existantes comme le Secours Catholique. Il ne tait pas les difficultés d’ordre institutionnel qui ont pu apparaître, avec ce même Secours Catholique par exemple, ou avec les conseils paroissiaux. Leur cause ? L’enthousiasme des débuts qui fait négliger de poser des jalons précis, et des règles de fonctionnement nettement définies.

Patrice Sauvage nous donne aussi des clefs pour mieux comprendre le « parcours du combattant » que doit suivre celui qui demande à être accueilli en France, et ce décryptage n’est pas inutile tant est labyrinthique ce parcours. Place est accordée également aux témoignage des uns et des autres, accueillants et accueillis vivant de la même aventure de fraternité.

C’est cette réciprocité qui est bien mise en valeur dans la deuxième partie de l’ouvrage, qui relate un temps fort mis en place par le réseau Chrétien-Immigrés, en 2003, dans des paroisses parisiennes autour de la thématique : « Place et parole des migrants ». Le défi ? S’écouter, « prendre soin » de la parole de l’autre. C’est alors que le migrant sera vraiment regardé comme une personne, avec toutes ses richesses humaines, et non plus seulement comme un humain à aider ; et l’accueillant ne sera plus seulement celui qui a le pouvoir d’aider, parce qu’il connaît les rouages, mais celui qui partage un temps de fraternité.

Dès l’introduction, tout est dit : « Pour persévérer dans cet engagement, il est important de le vivre comme un chemin spirituel en tant que tel, un chemin fondé sur la fraternité, ainsi que nous l’a appris la démarche Diaconia : apprendre à recevoir de l’autre, et non s s’épuiser à donner toujours plus. […] La rencontre avec l’étranger dans cette perspective de réciprocité peut nous faire avancer dans une humanisation plus profonde et finalement dans un chemin de foi. » (p. 12-13)
 

Geneviève Le Hir

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